GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Écologie

Non à la méthanisation XXL et aux méga-méthaniseurs !

Quand on pense énergie renouvelable, on pense éolien et solaire. Une troisième énergie, moins connue, se développe rapidement : la méthanisation. Déjà utilisé dans le traitement des ordures ménagères de certaines villes, ce procédé se développe dorénavant en milieu rural, non sans soulever interrogations et oppositions

Née dans de petites unités, la méthanisation suscite maintenant des projets de méga-installations qui relèvent d’une exploitation industrielle. La loi Transition énergétique de 2015 fixe un objectif pour le gaz renouvelable de 10 % de la consommation totale de gaz en 2030. A priori vertueuse et écologique, la méthanisation agricole n’est pourtant pas sans inconvénient, d’autant que le développement de ce procédé dans les campagnes est rapide et de plus en plus industrialisé.

Cet été, dans le Finistère, 400 000 litres de résidus de méthanisation se sont déversés dans un cours d’eau suite à une fuite d’une cuve d’une centrale de production de biométhane exploitée par le groupe Engie. 180 000 personnes ont été privées d’eau potable. Cet accident montre que la méthanisation nécessite de grandes précautions, et des contrôles qui ne peuvent être laissés aux seuls industriels (l’autosurveillance n’est pas acceptable)1.

Un procédé à priori vertueux mais avec des limites

L’objectif est de produire du biométhane (méthane et dioxyde de carbone) à partir de la fermentation de lisiers et de fumiers (issus des déjections d’animaux d’élevage). On peut aussi y ajouter des déchets issus de cultures. Le gaz ainsi produit est alors injecté dans le réseau de gaz naturel, ce qui procure un revenu aux agriculteurs méthaniseurs2. La méthanisation produit un résidu, appelé digestat qui peut être épandu sur des sols cultivés. Ce digestat est présenté comme un atout pour la fertilisation des sols (présence d’azote, de phosphore et de potassium). La réalité est plus complexe car la qualité du digestat dépend largement de la composition des intrants (part respective des déjections animales et des déchets verts.

Les unités de méthanisation sont soumises à déclaration, enregistrement ou autorisation au titre des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). L’épandage du digestat est lui-même soumis à différentes règles. Pour un agriculteur, la méthanisation n’est pas une simple diversification (d’activité et de revenu), mais bien un autre métier.

L’opposition aux unités de méga-méthanisation

L’agriculture est faite pour nourrir, et le lisier est d’abord un engrais pour les terres. Des méthaniseurs trop gros amènent les agriculteurs à dédier certaines de leurs cultures spécifiquement pour les méthaniseurs et non l’alimentation, ou à développer des élevages intensifs (le méthaniseur apportant une solution pour les effluents). Plus le méthaniseur est important plus on ira chercher loin le lisier et autres bio-déchets. Il faut également prendre en compte le bilan carbone du transport des matières premières en camion et les nuisances des rotations de camions pour les riverains3.

La méthanisatioon XXL est une logique industrielle qui s’éloigne des unités modestes de méthanisation, installées au plus près de l’exploitation agricole. Un méga-méthaniseur peut concerner plus de 200 exploitations agricoles ! C’est avec raison qu’il faut s’opposer à ces dérives incompatibles avec une agriculture durable.

Cet article de notre camarade Éric Thouzeau a été publié dans le numéro 282 (février 2021) de Démocratie&Socialisme, la revue de la Gauche démocratique et sociale (GDS).

1.Nicolas de la Casinière, « La fuite en avant de l’agro-industrie », 25 août 2020, Reporterre

2.Une baisse des tarifs de rachat de ce gaz est envisagée, ce qui suscite la colère des industriels et des agriculteurs qui pratiquent la méthanisation.

3.Plus de cent passages de camions par jour dans le projet de Corcoué-sur-Logne en Loire-Atlantique, contre lequel nous avons manifesté le 13 février (700 manifestants).

Document : la méthanisation est-elle compatible avec l’agriculture paysanne ?

Ce qu’en pense la Confédération paysanne

« Développer une méthanisation paysanne, empêcher une méthanisation qui accapare les ressources. La méthanisation est pertinente dans certains cas, à condition que le projet de méthanisation soit adapté et dimensionné à la ferme et aux ressources disponibles dans un territoire géographique proche, sans intégrer de cultures énergétiques dédiées. Il ne doit pas favoriser un modèle d’agriculture hors-sol, producteur délibéré de déchets et qui pourrait mettre en péril la souveraineté alimentaire et l’autonomie paysanne. »

Source : https://confederationpaysanne.fr/sites/1/mots_cles/documents/4_pages_META_BD.pdfr

 

 

 

 

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