GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

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L’essor du Comité de la IIIe Internationale (Tours 1920 #3)

Pour tout militant de gauche, Tours, c’est « la scission ». Le début d’une division appelée à perdurer cent ans après les faits. Toutefois, les images d’Épinal que le congrès de décembre 1920 a suscitées après coup, dans la mouvance socialiste comme au PCF, ne correspondent qu’imparfaitement à la réalité. La vision d’une minorité socialiste courageuse et visionnaire résistant à la greffe bolchévique n’a pas plus de sens que celle d’une majorité victorieuse rompant définitivement avec le réformisme. Dans le troisième volet de cette rétrospective, nous allons revenir sur l’essor du Comité de la IIIe Internationale (C3I) qui était patent depuis le congrès de Strasbourg.

On a déjà évoqué précédemment l’afflux de nouveaux militants vers la SFIO depuis 1918. La dynamique est encore plus prégnante dans les rangs du C3I, fondé en avril 1919, dans le sillage de la proclamation de la nouvelle Internationale à Moscou. Déjà, dans la perspective du congrès de Strasbourg, fin février 1920, 60 % des voix des adhérents de la Seine étaient allées au C3I. L’afflux est globalement comparable en province, malgré un retard par rapport à la capitale dû à l’implantation nettement parisienne des principaux cadres du mouvement zimmerwaldien français. Selon Julien Chuzeville, le C3I est littéralement « submergé de nouvelles adhésions ». Rompant le cou à toute une tradition évoquant une brusque conversion à la « grande lueur » venue de l’Est, l’historien parle à raison d’un ralliement « continu tout au long des années 1919 et 1920 ».

Du CRRI au C3I

Les origines du C3I sont à chercher dans les efforts obstinés d’une fraction de militants décidés à maintenir le cap de l’internationalisme ouvrier dans la tourmente chauvine qu’avait suscitée, au sein de la mouvance socialiste et syndicaliste, les débuts de la boucherie impérialiste. Les bases de ce regroupement à contre-courant ont été posées par le noyau de La Vie ouvrière, la revue syndicaliste révolutionnaire animée par Monatte et Rosmer, ainsi que par des minoritaires de la CGT, tels que le dirigeant de la fédération des Métaux, Alphonse Merrheim, et celui de la fédération des Tonneaux – par ailleurs membre de la SFIO – Albert Bourderon.

De retour de la conférence socialiste internationale de Zimmerwald (septembre 1915), Merrheim et Bourderon convoquèrent leurs camarades de combat à une double réunion, l’une pour les syndicalistes, l’autre pour les membres du parti. Selon Rosmer, à la fois historien et acteur de premier plan de ces événements, leur « appel exprimait exactement les idées et l’état d’esprit d’alors des militants des diverses tendances du mouvement ouvrier : syndicalistes, anarchistes, socialistes, qui se trouvaient pour la première fois rassemblés sur une plate-forme commune : aspiration à la paix, défense de l’internationalisme prolétarien, et surtout la volonté de préparer une action simultanée des ouvriers français et allemands ». Le Comité pour la reprise des relations internationales (CRRI), formellement créé en janvier 1916, était né.

Pour Bourderon, la tâche fondamentale du CRRI consiste avant toute chose à « relever le principe et la pratique de l’internationalisme défaillant, sans pour cela sortir du cadre de l’Internationale existante et des organismes qui la constituent » Selon Romain Ducoulombier, à l’instar de Merrheim, il considère le Comité « comme un instrument de défense et de vigilance ouvrières face aux excès de la Défense nationale ». Ce relatif modérantisme des fondateurs est vivement critiqué par de nombreuses voix. Structure lâche et largement informelle, le Comité est en effet ouvert aux quatre vents, notamment aux militants situés sur la gauche du mouvement de Zimmerwald, tels que les syndicalistes ou encore les Russes de Nache Slovo, le journal dirigé par Trotski, en France depuis novembre 1914. La progressive radicalisation du Comité, déjà largement entamée lorsque le révolutionnaire russe est expulsé de France en septembre 1916, pousse en avant Fernand Loriot, au grand dam de Merrheim et Bourderon qui commencent à s’en éloigner.

Déjà, en avril, Bourderon avait été conspué par les jeunes pour avoir voté la motion de la minorité longuettiste au Conseil national de la SFIO, considérant qu’il aurait été « vain et inhabile » de diviser par une motion « d’internationalisme intransigeant et absolu répondant davantage aux vues du Comité ». En décembre, de concert avec Raffin-Dugens, un des trois députés qui s’étaient rendus à titre personnel à la conférence de Kienthal, il se rallie à la motion d’une minorité toujours aussi encline au compromis avec le socialisme de guerre, alors que les bases de l’Union sacrée s’effritent toujours davantage dans le corps social. La coupe est pleine. Dans une lettre à Louis Bouët, Loriot s’indigne que des « camarades ayant reçu mandat de défendre le point de vue de Zimmerwald et de Kienthal aient pu voter une motion dans laquelle on invite le gouvernement à soutenir ses efforts de guerre pour la Défense nationale ». Refusant que « ce soit cette minorité hésitante et sans idées nettes qui bénéficie des révoltes de la conscience socialiste », l’homme fort du CRRI tranche le nœud gordien. À ses yeux, ces défections prouvent « la nécessité d’une organisation plus précise que celle du Comité pour la reprise ».

Premier essor

Le CRRI animé par Loriot se nourrit incontestablement de la lassitude générale qui s’exprime de plus en plus nettement à partir de 1917. En phase avec l’état d’esprit des masses les plus avancées,  le Comité profite également de l’échec de la conférence de Stockholm, initiative lancée par  les socialistes neutres de Hollande et de Scandinavie et convoquée par le Bureau socialiste international (BSI) après bien des difficultés au printemps 1917, dans la foulée de la Révolution russe de février. Malgré les rodomontades des chefs de la minorité sûrs de leur participation, les pacifistes modérés se soumettent passivement à leur gouvernement, suite au refus de Paris et de Londres d’octroyer des passeports aux délégués français et anglais à la conférence.

Malgré le faible écho que suscite l’insurrection petersbourgeoise victorieuse de Kerenski dans la presse française, le CRRI salue naturellement avec force l’Octobre russe et soutient envers et contre tout le pouvoir des soviets. Romain Ducoulombier a raison d’écrire que les membres du CRRI, puis du C3I « se sentent appartenir à une élite révolutionnaire non pas dépendante, mais solidaire des bolcheviks, qu’ils admirent pour leur combativité exceptionnelle dans la Russie des Soviets, assiégée par les forces de l’Entente ».

Le C3I, constitué officiellement le 7 mai 1919, désigne comme secrétaire d’abord l’institutrice Louise Saumoneau, puis Fernand Loriot. Contrairement aux minoritaires longuettistes, le Comité ne craint pas de poser franchement la question de la scission. Loriot pose rapidement trois conditions à cette dernière : « l’affirmation franche d’un courant scissionniste, la coordination de ses cadres par une fraction bien organisée [...] et l’établissement d’une base d’accord entre les militants français et les bolcheviks ». Il convient dès lors de travailler au sein du parti, et non d’en « sortir » au risque de perdre le contact avec les masses et de devoir fusionner avec le groupusculaire PC gauchiste fondé courant 1919 par Raymond Péricat. Louise Saumoneau l’annonce clairement lors de la réunion du C 3I du 4 juillet 1919 : « Nous ne quitterons pas le Parti socialiste qui est une force. Nous travaillerons en son sein pour l’attirer à nous ». C’est dans une réunion commune avec le PC-Péricat que César Hattenberger, le secrétaire de la section SFIO du XVe arrondissement, exhorte les révolutionnaires à ne pas quitter le parti, car c’est, selon lui « là qu’on trouvera de véritables communistes ».

Très vite, de vastes perspectives s’ouvrent devant le C3I. Comment expliquer ce surprenant essor ? Sa tactique interne-externe, qui s’est avérée d’une grande efficacité, a certainement joué un rôle important. À longueur de pages, Romain Ducoulombier disserte pour sa part sur l’idéal d’ascèse et de régénération promu par une génération de déclassés rejetant en bloc les compromis des politiciens installés au sommet de l’appareil. On sent poindre, derrière ce tableau, une « vision du monde » considérant les « bolcheviks français » comme des précurseurs de la discipline de fer, du monolithisme et de l’ouvriérisme qui prévaudront dans le PCF après 1924. C’est, à notre sens, confondre à l’excès « communisme » et « stalinisme ». Ducoulombier oublie un peu vite que les fondateurs du communisme français – et au premier chef Loriot, Souvarine, Monatte et Rosmer – seront tous exclus des rangs du parti entre 1924 et 1926, soit au moment de la prétendue « bolchévisation » des partis-frères du PCUS. Nous préférerons, à cette analyse faisant  la part belle aux anachronismes et à la téléologie celle de Julien Chuzeville – que les férus de sciences politiques trouveront certainement platement historique ! Selon lui, l’essor du C3I a trois raisons principales : la fin de l’état de siège qui permet à la propagande pacifiste de toucher une masse de militants jusque-là inatteignables, le contexte social explosif – sur lequel nous reviendrons – et, surtout, les conditions de paix qui « infirment les proclamations des ex-majoritaires de guerre et valident les analyses du CRRI’. Pour Chuzeville, « le désaveu de la politique d’Union sacrée devenant largement partagé dans la SFIO, cela crédibilise le courant qui s’y est le plus nettement opposé ».

Sociologie militante

S’appuyant sur les archives de police, Annie Kriegel, à qui l’on doit le premier livre de référence sur les origines du communisme français, a évalué à 5 000 le nombre de militants actifs au sein du C3I en 1920. François Ferrette, auteur de plusieurs travaux sur le Comité et sur la naissance du PCF, estime quant à lui que le chiffre de 10 000 adhérents serait plus près de la réalité, ce qu’accepte sans discussion Julien Chuzeville dans son récent ouvrage.

Ferrette a par ailleurs le mérite de tordre le cou à la vulgate qui a ensuite fait florès au sein de la « vieille maison », selon laquelle les « bolcheviks français » auraient été des néophytes étrangers au militantisme socialiste et aisément manipulables par les Russes. Sur la centaine de cadres appartenant à la direction du C3I au moment de Tours, on compte en effet 37 membres de la SFIO d’avant-guerre, tandis que 14 y sont entrés pendant le conflit (dont Raymond Lefebvre et Souvarine) et que 27 militants franchirent le pas après l’armistice. Seuls six membres dirigeants du Comité sont des syndicalistes non-socialistes On peut donc considérer sans grand risque de se tromper qu’environ  trois quarts des membres de la direction du C3I étaient adhérents de la SFIO. La plupart du temps, il s’agit toutefois de militants qui n’ont pas exercé de hautes responsabilités, si ce n’est au niveau fédéral. Louis Garde, délégué à Strasbourg, puis à Tours, était par exemple membre du bureau et trésorier de la Fédération du Rhône. À la tribune du congrès de Strasbourg, Bourthoumieux, secrétaire fédéral de Haute-Garonne, qui se définit comme un minus habens parmi tant d’autres, déclare par exemple qu’il va « exprimer  aux organismes centraux du parti l’opinion de ceux qui ne viennent pas souvent la donner ».

La composition sociale de ce milieu dirigeant est également très significative. On y dénombre  en effet 28 ouvriers et 21 enseignants. Cette sociologie diffère fortement de celles des états-majors de la nouvelle majorité, comme des ex-majoritaires de guerre, où pullulent les juristes, les journalistes et les universitaires. Elle indique en creux les contacts que les « bolcheviks français » ont réussi à nouer avec la base ouvrière et syndicale du parti, ainsi que le rôle décisif joué par nombre d’institutrices et d’instituteurs. Ce milieu professionnel, qui a fourni par le passé de nombreux cadres aux mouvements syndical et pacifiste, est caractérisé par une complémentarité sexuelle de circonstance, puisque les « hussards noirs », rarement dispensés du front, ont rapidement peuplé les associations d’anciens combattants de gauche, tandis que leurs collègues féminines, restées à l’arrière, ont été à la pointe du mouvement contre la guerre. Notons pour finir que l’état-major du C3I comprenait un seul paysan, mais pas n’importe lequel, puisqu’il s’agissait de Renaud Jean !

Dans un livre-témoignage sur ses années de guerre, l’ancien « socialiste » chauvin passé au nationalisme Hubert Bourgin qualifiait rétrospectivement les pacifistes du parti d’« état-major de gamins et de femelles »... Si ce n’est la misogynie, la forte présence d’institutrices dans les instances du C3I explique en partie cette impression. Mais qu’en est-il de l’âge des membres du Comité ? En s’appuyant sur le corpus établi par François Ferrette, la moyenne d’âge du groupe dirigeant s’établit à un peu moins de 37 ans. Il s’agit à proprement parler d’une relève potentielle, même si on suivra difficilement Romain Ducoulombier lorsqu’il affirme, en guise de conclusion sur le C3I que ses membres dirigeants « partagent une position subalterne qui nourrit un ressentiment activiste contre l’oligarchie en place ».

La géographie de ce groupe dirigeant est enfin marquée par la présence significative  de la gauche de la fédération de la Seine.

Drôle d’arche de Noé

Si Romain Ducoulombier a raison d’affirmer que le CRRI constituait un « point de rencontre privilégié entre les minoritaires syndicalistes et socialistes », cette assertion est certainement davantage valable pour le C3I qui ne connaissait pas le cloisonnement de son prédécesseur entre membres et non-membres de la SFIO.

Fait unique dans l’histoire du socialisme français, le C3I est une fraction qui n’appartient pas à la même Internationale que le parti dans lequel elle intervient et dont la direction comporte des militants qui n’en sont pas membres. Fidèles à leur credo anti-parlementariste d’avant-guerre, Pierre Monatte et Alfred Rosmer, pour ne s’en tenir qu’aux militants les plus connus du Comité, n’ont pas pris leur carte à la SFIO, même s’ils militent en étroite collaboration avec des socialistes, comme ils ne l’ont jamais fait de leur existence.

Tenant à défendre bec et ongles le régime des soviets qu’ils considèrent alors volontiers comme la réalisation des idéaux anti-autoritaires de la Commune, de nombreux activistes libertaires militent au sein du C3I.  Cet engouement aussi intense que passager s’explique par l’admiration que suscite la forme soviétique de la République révolutionnaire russe qui apparaît aux yeux de maints militants comme une démocratie directe enfin réalisée. Cette façon de voir n’est pas le monopole des milieux libertaires, puisque le Populaire du 19 décembre 1919 n’hésite pas à affirmer, lui non plus que « la démocratie véritable est installée en Russie ». La fascination des membres du C3I pour un socialisme pur et anti-parlementaire se retrouve dans toutes les publications se réclamant de la révolution, queles que soient les épithètes qui lui sont accolées. Pour le jeune socialiste Aron Goldenberg, qui écrit ces lignes dans un numéro du Bulletin communiste de mai 1920, « ce n’est qu’en créant des conseils ouvriers et en luttant pour leur assurer un droit de contrôle de plus en plus étendu que la classe ouvrière peut aujourd’hui se libérer. [...] Le conseil ouvrier [...] réalise admirablement le self-government des masses ».

Pas étonnant, donc, que Souvarine appelle, en janvier 1920, les socialistes, les syndicalistes, et militants libertaires à se débarrasser des « vieilles étiquettes » et à « rassembler les forces éparses du prolétariat révolutionnaire ». Il ne faut toutefois pas exagérer le degré d’adhésion des milieux anti-autoritaires à l’Internationale de Moscou, tant cette idylle – contre-nature pour qui connaît la suite des événements – est hautement circonstancielle. L’anarchiste Louis Lecoin le laisse entendre quand il écrit, dans les colonnes du Libertaire : « Nous aimons bien plus la République des soviets pour toute la haine qu’elle inspire à nos maîtres que pour son œuvre même »... Minoritaire de la CGT, membre de la Fédération anarchiste, contributeur régulier du Libertaire et par ailleurs membre de la direction du C3I, le cheminot Henri Sirolle incarnait peut-être mieux que d’autres ce compagnonnage des militants anarchistes avec les « bolcheviks français » au nom de la solidarité avec la Russie rouge et dans la perspective de la révolution imminente en Europe occidentale. Mais, comme le note sa notice dans le Dictionnaire des anarchistes, Sirolle « fut marginalisé par les socialistes Souvarine et Rappoport » dès le début de l’année 1920.

En ordre de marche

Le jeune Boris Souvarine, le véritable fondateur du communisme français avec Loriot, est définitivement gagné au C3I en décembre 1919, au moment où le Comité de défense du socialisme international (CDSI) animé par Frossard et Longuet, son premier mentor au sein de la SFIO et du Populaire, se transforme en Comité de la reconstruction. Issu d’une famille juive ukrainienne, ouvrier d’art devenu journaliste de grand talent, le jeune militant, qui avait appris le russe lors de son service militaire, devient rapidement le secrétaire international du Comité. C’était incontestablement une « prise » de choix.

Dans une lettre au pasteur communiste suisse Humbert-Droz datée du 6 février 1920, Souvarine a cette formule qui pourrait être orgueilleuse si ce qu’elle annonce n’était pas bel et bien devenu réalité : « Quand nous serons mieux organisés, et je fais tout pour cela, et que nous aurons un organe, nous déplacerons la majorité en quelques semaines ». Dans ses mémoires, il se souvient avoir proposé à Loriot la création d’un bulletin « peu avant le congrès de Strasbourg ». Le Bulletin communiste sort finalement son premier numéro le 1er mars.

En 1981, malgré sa rupture avec le marxisme, son initiateur et principal animateur considère encore qu’il « exerça une influence décisive sur les cadres du Parti socialiste » et avait fourni à ses cadres « l’essentiel de l’aliment théorique ou doctrinal justifiant la scission du parti et sa nouvelle orientation ». La constitution du Bulletin permet sans nul doute au C3I de populariser davantage ses idées et de renforcer la cohésion de sa direction. Elle n’est toutefois que le faîte d’un édifice propagandiste plus vaste, puisque, lors de la CAP du 10 février (donc avant la création de leur organe), Frossard s’effraie de l’activisme des « loriotistes [qui] ont inondé les fédérations de tracts, de circulaires et de brochures ». À la veille de Tours, la « Bibliothèque communiste », collection dans laquelle Souvarine s’échine à publier sous forme de brochures les textes fondamentaux du communisme, compte par exemple pas moins de 13 titres, dont un d’Alexandra Kollontaï, un autre de la révolutionnaire allemande Clara Zetkin et deux de Trotski, ainsi que de larges extraits des résolutions du Ier congrès de la IIIe Internationale.

L’intégration du C3I au réseau international du communisme naissant se renforce au printemps 1920. Déjà en janvier,  les principaux animateurs du Comité avaient appelé la SFIO à participer au « projet du PSI de fédérer les organisations socialistes d’Europe occidentale adhérentes à l’IC pour intensifier l’action socialiste et révolutionnaire ». Outre le PS italien qui a adhéré à la nouvelle Internationale dès 1919, les « bolcheviks français » entretiennent d’étroites relations avec le Bureau d’Amsterdam de l’IC pour l’Europe de l’Ouest. Dans ses mémoires, à un Loriot qui semble sceptique sur les capacités du C3I à assurer la sortie d’une publication régulière, Souvarine cite comme contributeurs potentiels du Bulletin, après les animateurs du C3I et les principaux responsables bolchéviques, « les camarades hollandais », dont Henriette Roland-Horst qui avait fraternellement salué Loriot au nom du PC hollandais à la tribune de Strasbourg. Selon Julien Chuzeville, des délégués du C3I participent également en mars « à des rencontres clandestines avec les différents courants communistes en Allemagne ».

En avril, il participe ès qualité à une conférence informelle à Milan rassemblant des révolutionnaires italiens, hongrois, autrichiens, roumains et bulgares, mais qui ne débouche sur rien suite à la dissolution du Bureau d’Amsterdam et la décision des Russes de centraliser les échanges de vue au niveau du seul Comité exécutif de l’Internationale. C’est un mauvais présage pour ce qui allait advenir de l’organisation qui se présentait alors sincèrement comme le parti mondial de la révolution en construction. Mais, tout à leur euphorie bien compréhensible, les militants du C31 étaient naturellement incapables de le déceler.

Cet article de notre camarade Jean-François Claudon est à retrouver dans le numéro 272 (mars 2020) de Démocratie&Socialisme, la revu de la Gauche démocratique et sociale (GDS).

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