GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

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S'unir : oui, mais sur quelles bases ?

Dans les débats sur la recomposition de la gauche apparaissent souvent deux types d’objections. Pour certains, la question de l’unité devrait être conditionnée au projet ou au programme. Pour d’autres, l’appel à l’unité à gauche serait peu ou prou une volonté de retour à l’union de la gauche ou au programme commun – autant dire des vieilles lunes... Tout ceci mérite clarification. En fait, unité et contenu de l’unité sont indissociables.

Le point de départ de toute stratégie à gauche, c’est la volonté de répondre aux besoins de la classe sociale opprimée : le salariat. Il faut s’entendre sur ce premier point. Le clivage gauche-droite, c’est d’abord le clivage entre deux classes sociales. Ce n’est pas la petite cuisine d’appareils politiques déconnectés des réalités et soucieux de défendre leurs positions.

La droite est là pour défendre les intérêts de la bourgeoisie, de plus en plus confondus avec deux de la finance. La gauche devrait être aussi fidèle aux intérêts du salariat que la droite est fidèle aux intérêts du Medef et des banques. Cela n’a pas toujours été le cas. De divisions en trahisons, la gauche s’est morcelée. Avec l’apparition de nouveaux enjeux (libération des femmes, migrations et mondialisation, enjeux écologiques...), elle a à la fois intégré les nouvelles aspirations et poursuivi son éclatement en chapelles idéologiques.

Unifier la gauche, c’est d’abord la reconstruire sur les bases de notre temps : un salariat développé, l’enjeu de l’avenir de la planète, la multiplicité des formes de domination, la soif de démocratie. De ce point de vue, on peut dire que c’est le programme, le projet qui prime. Mais il y a un « mais » ! Si on part du programme, il faut répondre à deux questions : comment l’élaborer ? et comment traiter les désaccords ? Ne pas le faire, ce serait permettre le retour de divisions en fonction de programmes différents. Ces arguments sont déjà avancés par certains pour les élections à venir...

Élaborer ensemble

La complexité des situations et les expériences de collectifs citoyens doivent être prises en compte. Nous devons militer pour un large débat public sur toutes les propositions. On ne peut se limiter à un échange de haut en bas, il faut aussi une démarche participative. La question de la démocratie n’est pas là qu’une question de forme ou de méthode, mais bien une question de fond.

Parce que les institutions de la Ve République sont bonapartistes, elles ont confisqué la démocratie. Les organisations et les mouvements intervenant dans le champ politique ont fait de même, que ce soit sur les orientations comme sur les programmes.

Multiplier les collectifs locaux, ouvrir tous les débats, organiser la discussion y compris contradictoire voilà la méthode à mettre en œuvre. Elle est exigeante, elle doit se prémunir des manipulations, des fausses assemblées orientées par des « sachants » ou animateurs auto-proclamés. Mais elle est la seule qui permette d’obtenir l’adhésion, le consentement, la dynamique citoyenne, le mouvement sans lequel aucun changement durable n’est possible. Elle vaut pour l’élaboration et le suivi des projets et des programmes.

Gérer les désaccords

Si, sur 80 % des sujets, la gauche peut facilement se mettre d’accord, il y a des questions qui font débat. Le financement de la protection sociale par exemple fait partie de ces questions. Financement par l’impôt ou par les cotisations sociales ? Le sujet n’est pas mince. Unifier la gauche, c’est aussi respecter les désaccords, organiser les discussions pour réduire ces derniers quand c’est possible. Confronter les positions en présence avec celles du mouvement syndical, du mouvement associatif, car il n’y aura pas de reconstruction de la gauche sans travailler les convergences entre mouvements sociaux et réponses politiques.

Ces questions ne sont pas nouvelles. Jaurès, qui a rassemblé toutes les familles socialistes en 1905, disait qu’il défendait une unité « faite de la dignité antérieure de chacun ». La question de l’unification de la gauche se pose, d’une certaine manière, dans des termes analogues. Les divisions nées de l’histoire des XIXe et XXe siècles sont à réévaluer. Les anciens clivages n’ont guère de sens, dès lors qu’on s’accorde pour répondre aux urgences et pour définir un projet de transformation sociale. On ne peut jeter l’opprobre sur personne, ni rejeter les convictions de chaque courant. Il faut les respecter. Au même titre qu’il faut intégrer les questions nouvelles comme celle, majeure, de l’avenir de notre planète. Fin du mois et fin du monde sont bel et bien liées.

Engager une dynamique novatrice

S’il y a un émiettement désastreux à gauche, il y a aussi a contrario des raisons d’espérer. Plus personne ne peut prétendre à l’hégémonie. Le centre de gravité de la gauche est bel et bien à gauche. Et c’est autour de ce centre de gravité qu’on peut reconstruire. Les différents appels qui ont éclos au lendemain des européennes convergent largement sur le fond. Rien ne justifie qu’une nouvelle hégémonie apparaisse. De Place publique au NPA, si des différences existent, il y a aussi un champ de convergences important. C’est de là qu’il faut partir, en acceptant de discuter de toutes les questions sans exclusive. Dans l’immédiat, la convergence des appels (Sursaut, Big Bang, Convergeons...) est un premier pas. Cette convergence peut se décliner sur tous les territoires et engager une dynamique salutaire. La constitution d’un comité de liaison ouvert de toute la gauche politique, sociale et écologique serait un pas supplémentaire.

Sans attendre, c’est la responsabilité de chacune et chacun d’organiser ces convergences dans des assemblées citoyennes ouvertes, des collectifs locaux sur le social, l’écologie, la démocratie.

Le fait de mener des campagnes communes sur ADP, les retraites, le climat, l’assurance chômage, les services publics ou encore la santé, est le gage d’une dynamique féconde. Alors, allons-y !

Cet article de notre camarde Jean-Claude Branchereau est à retrouver dans le numéro de l'été 2019 de Démocratie&Socialisme, la revue de la Gauche démocratique et sociale (GDS).

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