GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

La revue DS L'infolettre

5 % pour le CAC 40 ! 2,3 % pour le SMIC ? 2 % pour le RSA…

Au 1er janvier, le smic horaire est porté à 9,43 euros bruts de l’heure soit 1430,22 euros bruts (environ 1 121 euros nets) pour 151,66 h. Soit + 3 centimes de l’heure : la plus faible hausse du smic de l’histoire de la gauche arrivant au gouvernement.

Cette hausse du smic concerne 10,6 % des salariés, selon une étude de décembre de la Dares. 52,1 % sont des employés et 42,4 % sont des ouvriers. Les femmes sont 2 fois plus nombreuses à toucher le smic que les hommes, avec 13,9 % des salariées, contre 8 % chez les hommes. Le fait d’être à temps partiel multiplie par deux la probabilité d’être au smic. Les « salariés types » payés au smic sont donc plutôt des femmes, jeunes, moins diplômés que la moyenne. Ils sont souvent en contrat à durée déterminé et à temps partiel

« Je ne comprends même pas qu’un gouvernement, quel qu’il soit, puisse annoncer et défendre une si faible augmentation, a affirmé Bernard Thibault sur Europe 1. Cette augmentation, elle est de 2,5 centimes de plus par heure. Il y a certains commerçants qui ne prennent même plus des pièces d’un centime ! » « La simili-augmentation du smic représente à peu près 156 millions pour tous les smicards », alors que le gouvernement vient d’accorder « la somme de 20 milliards d’aides publiques aux entreprises pour les aider à créer des emplois ». « Je mets ces deux sommes en parallèle, tout le monde n’est pas rémunéré à la même enseigne », a-t-il ajouté.

« Pourquoi ne pas indexer le smic sur l’augmentation des salaires des patrons du CAC 40 ? Soit 5 % de plus pour cette année. Pourquoi ce qui est possible pour un grand patron ne pourrait pas l’être pour un smicard ? », s’est interrogé pour sa part le PCF, dans un communiqué. « Il n’y aura pas de coup de pouce pour le smic autre que la revalorisation automatique de 0,3 % du 1er janvier. C’est une déception, et un mauvais service rendu à l’économie du pays qui nous conduit inéluctablement à la récession », ajoute-t-il. « Les faits sont têtus, la stagnation des salaires étouffe l’économie. Cette tendance se vérifie dans tous les pays qui font le choix de l’austérité et du gel des salaires ».

Michel Sapin affirme que cela représente une hausse de « 300 euros de plus dans l’année » pour les salariés au smic. Malgré tout le respect dû à notre ministre du travail de gauche, cette présentation est quasi malhonnête : on sait qu’il y a eu une inflation assez réelle pour justifier 1,4 % de « rattrapage ». « Rattrapage », ce n’est pas une hausse, c’est le rétablissement à postériori d’une perte déjà subie. Reste 0,6 % seulement dit de « coup de pouce » par anticipation en juillet 2012 et donc encore 0,3 % de « rattrapage » au 1er janvier 2013. 3 centimes de l’heure ! In fine l’indice du salaire horaire de base ouvrier a augmenté de 2,3 %, et l’inflation a progressé de 1,7 %. La différence entre les deux, le gain de pouvoir d’achat, est de l’ordre de 0,6 %.

Ce n’est pas du tout une hausse de 300 euros : que chacun se rende compte que le 1er janvier 2013, par contre, la hausse du prix de l’électricité va être de 2,5 %. Elle va frapper les 2,6 millions de salariés au smic et en fait, ceux ci vont PERDRE du pouvoir d’achat !

On peut dire avec modération que c’est une honte. Qui peut vivre décemment en travaillant et en gagnant si peu ? Qui ne comprend pas que cette limitation du Smic a des effets bloquants sur l’évolution des autres salaires ? Qui ne saisit pas que le blocage des salaires ainsi impulsé a des effets négatifs sur l’activité économique en freinant la consommation ? Qui ne devine pas les effets négatifs, au plan politique, tant sur le moral du salariat que sur la perception des insuffisances des attentes de l’électorat de gauche ?

C’est une question emblématique pour la gauche que de pousser ou non à la hausse des salaires : c’est la plus faible des mesures politiques de ce type prise par un nouveau gouvernement de gauche arrivant au pouvoir. Il y a quelque chose à la fois d’irrationnel, de dépressif et de choquant à limiter ainsi le Smic.

L’annonce d’un nouveau calcul du Smic pour 2014 encore très incertain :

Michel Sapin, a annoncé devant la Commission nationale de la négociation collective une révision des critères d’indexation du smic afin de « garantir aux salariés dont les rémunérations sont les plus faibles leur pouvoir d’achat et une participation au développement économique de la nation ». Depuis 1970, le smic est mécaniquement revalorisé pour suivre l’évolution des prix à la consommation (hors tabac, pour les ménages urbains dont le chef de famille est ouvrier ou employé) et la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier. Le gouvernement peut ensuite choisir d’ajouter un coup de pouce supplémentaire.

Cette réforme, présentée au conseil des ministres, est censée proposer un autre indice d’inflation (celle mesurée pour « les ménages des premiers et deuxièmes déciles »), « mieux ciblé sur les salariés à faible revenu » pour « mieux prendre en compte le poids des dépenses contraintes (loyer, énergie) ». Ensuite, le salaire horaire de référence sera celui des ouvriers et employés, et non plus des seuls ouvriers, dont la part dans l’emploi salarié est passée entre 1980 et 2008 de 40 % à 22 %. Il est vrai que dans le salariat d’aujourd’hui, il y a 9 000 000 employés et 6 000 000 d’ouvriers (dont 2 millions seulement d’ouvriers d’industrie).

L’idée d’une indexation automatique sur la croissance, promise par le candidat Hollande, puis par le premier ministre en juillet, est abandonnée sans explication. Mais il est vrai que la croissance est plus qu’incertaine ! Estimée à 0,8 % en 2013 selon le gouvernement, à 0,4 % selon les instituts, Pierre Moscovici semble concéder qu’elle sera plus basse. Michel Sapin affirme prudemment que cette « évolution de la croissance sera prise en compte dans les futurs « coups de pouce » pour « favoriser la redistribution des fruits de la croissance, lorsque que celle-ci est au rendez-vous ». Il promet enfin que le fonctionnement du groupe d’experts voulu par le Medef et installé par Sarkozy, censé « conseiller » le gouvernement sur le Smic sera « revu » pour permettre « un dialogue plus approfondi et plus direct avec les partenaires sociaux ». Mais ce ne sera effectif qu’en 2014. Il a nommé François Bourguignon, directeur de l’école d’économie de Paris, à la tête du nouveau groupe d’experts. Celui, actuellement présidé par Paul Champsaur, ex-directeur général de l’Insee, est viré et sera totalement remplacé. Il faut dire que la CGT avait réclamé la « suppression » de ce groupe de « libéraux activistes », tandis que FO demandait son renouvellement et son élargissement, avec l’entrée de sociologues.

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