GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

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1919 : sous les cendres de la répression

Mi-janvier 1919 : « lʼordre règne à Berlin », pour reprendre le titre du dernier article de Rosa. Tel le phœnix de la mythologie, la révolution mondiale allait renaître de ses cendres, tant il est vrai que les ravages causés en Europe par la guerre impérialiste ne pouvait que susciter le courroux des peuples contre leurs classes dominantes. Mais pour lʼheure, le foyer révolutionnaire allemand allait devoir subir les assauts dʼune réaction dʼautant plus frénétique quʼelle avait cru ses heures comptées.

La « Semaine sanglante » berlinoise ne fit certainement pas autant de victimes que le massacre éponyme qui conclut la brève expérience de la Commune de Paris, 48 ans auparavant. Mais il nʼempêche ! Des milliers de militants dévoués furent fauchés par la funeste mitraille de la contre-révolution. La classe ouvrière allemande perdit par ailleurs en Rosa Luxemburg et en Liebknecht deux leaders irremplaçables qui auraient peut-être pu – en raison de leur puissance dʼanalyse et de leur volonté inébranlable – infléchir le cours des événements ultérieurs sʼils avaient vécus. Enfin, ce drame originel creusa un fossé abyssal entre socialistes et communistes allemands, que même lʼascension des nazis, dix ans plus tard, ne contribua pas à combler. Le refus de lʼunité, imposé au KPD par Staline qui craignait que la réalisation dʼun front unique en Allemagne ouvre une nouvelle page de la révolution mondiale – dont il aurait inévitablement été une victime collatérale – , aurait là un prétexte tout trouvé.

Une république boiteuse

Malgré les pronostics de la base gauchiste du KPD, le scrutin pour lʼAssemblée constituante eut bel et bien lieu le 19 janvier 1919. Pour cette première élection au suffrage universel de lʼhistoire allemande, la participation fut exceptionnellement haute, au grand dam des communistes qui avaient appelé au boycott lors de leur congrès de fondation de fin décembre 1918, malgré les admonestations de Rosa et le rapport de Paul Levi, au nom de la direction, qui se prononçait sans état dʼâme pour la participation.

Ce scrutin, réalisé à lʼissue de la « Semaine sanglante », dans un contexte de reflux du mouvement des masses, fut marqué par le score historique du SPD. Le parti dʼEbert et de Scheidemann, que lʼavant-garde berlinoise jugeait démonétisé dans les premiers jours du soulèvement de janvier, recueille en effet 11 500 000 voix, contre seulement 2 300 000 pour les Indépendants. Lʼensemble des partis bourgeois totalisent, eux, plus de 16 millions de suffrages. Le succès social-démocrate doit donc être relativisé sur deux points. Malgré lʼélargissement de leur audience à des fractions des classes moyennes voyant en eux les champions de lʼordre, les « Majoritaires » ne le sont que relativement et devront trouver dans un avenir proche des accords avec les partis libéraux et le centre catholique. Enfin, comme le signale le militant révolutionnaire anglais Chris Harnam, « seul un électeur sur treize montra un signe de sympathie pour le socialisme révolutionnaire. La plupart des travailleurs voulaient [certes] le socialisme, mais ils pensaient toujours pouvoir y accéder par de moyens non révolutionnaires ».

Le 10 février, lʼAssemblée constituante se réunit à Weimar, paisible ville de province éloignée de Berlin-la-rouge et lieu emblématique de la Kuktur allemande, puisque Goethe y vécut une bonne partie de son existence. Le lendemain, Ebert est élu Président avec les voix des « républicains du lendemain » et Scheidemann devient chancelier dʼune gouvernement de coalition.

Le verrou brêmois

À Brême, le 10 janvier, une manifestation de masse avait poussé les Indépendants à basculer vers les communistes et la nouvelle – mais fragile – majorité USPD-KPD déclara une « République socialiste indépendante ». Un Conseil de commissaires, composé de cinq Indépendants et quatre communistes, fut nommé et plusieurs décision énergiques furent prises. Dès le 21, le nouvel exécutif local, constatant que le conseil ouvrier était favorable aux élections à lʼAssemblée constituante – à une courte majorité, il est vrai –, se prononça toutefois pour lʼélection dʼune nouvelle municipalité, plus conforme à lʼétat dʼesprit réel des masses. Mais le mal était fait : la réaction allait pouvoir présenter à lʼopinion les gauches brêmoises comme des « putschistes ». Dès le 28 janvier, le capitaine Ehrhardt, lança ses corps francs, qui venaient de sʼaguerrir dans les faubourgs berlinois, contre la base navale de Wilhelmshaven. De violents affrontement y firent huit morts et le pouvoir du conseil de marins fut brisé. Le 30 janvier, la formation paramilitaire reçut lʼordre de se porter sur Brême.

Mais le pouvoir en place y avait le soutien des conseils et des travailleurs sociaux-démocrates. Dans le Nord de lʼAllemagne, toutes les autorités locales nées en novembre exprimaient leur soutien à la première institution révolutionnaire du pays. Même le très social-démocrate Hamburger Echo sʼinterrogeait alors tout haut : « Devons-nous laisser la révolution se faire étrangler par le militarisme ? ») Les dirigeants brêmois proposèrent à Berlin un compromis honorable, mais, selon les auteurs de LʼHistoire illustrée de la Révolutionn allemande, Von Lüttwitz déclara catégoriquement à Noske « que le prestige du commandement ne pourrait souffrir le retrait de la division » dʼEhrhardt. Le 2 février, en plein Conseil des ministre, Noske reçut un télégramme lʼavertissant que les mineurs de la Ruhr menaçaient de se mettre en grève en cas dʼune agression gouvernementale sur la cité portuaire. Fin 1928, Noske revint sur cet épisode dans un journal berlinois en ces termes : « Je mis le télégramme dans ma poche, sans en communiquer le contenu à mes collègues. Je réussis à leur faire voter lʼattaque de Brême pour le matin suivant, si la ville ne sʼétait pas encore rendue ».

Le 3 février, les corps francs entrèrent dans Brême, mais ils se virent opposés une résistance acharnée car, depuis lʼultimatum berlinois du la fin janvier, on avait entrepris dans les usines lʼarmement des ouvriers. Les corps francs, qui subirent de lourdes pertes, durent déloger les travailleurs des deux ponts sur la Weser à coup de grenades. Les défenseurs de Brême furent finalement submergés, eux qui nʼobtinrent pas le soutien des autorités hambourgeoises, promptes à annoncer formellement leur soutien à leurs voisins, mais beaucoup moins enclins à livrer combat. Au dire de Chris Harnam, « le nettoyage de Brême se solda par une centaine de morts, des arrestations arbitraires suivies dʼexécutions sommaires, et des perquisitions dans les maisons des travailleurs »

La Ruhr sʼembrase

Comme à Brême, cʼest le 10 janvier quʼun élément de rupture avec Ebert-Scheidemann – et donc avec la bourgeoisie – survint dans la Ruhr avec la création dʼune commission de contrôle chargée de « prendre en main la socialisation des mines » promise par lʼExécutif des conseils berlinois depuis novembre. À peine désignée, cette « commission des neuf », composée de trois Majoritaires, de trois Indépendants et de trois communistes (alors quʼau même moment, le pouvoir SPD faisait fusiller des révolutionnaires à Berlin !), occupa lʼimmeuble de lʼUnion minière de Essen et se mit au travail.

Mais, début février, même les plus chauds partisans dʼEbert-Scheidemann dans le bassin houiller ne pouvaient que constater quʼa Berlin, on cherchait à temporiser par tous les moyens. Le 6 février, une conférence des conseils dʼouvriers et de soldats présenta au gouvernement un ultimatum dʼune semaine à lʼissue de laquelle, si le dossier de la socialisation nʼavait pas significativement avancé la grève générale serait lancée. Lʼassemblée nomma par ailleurs le spartakiste Julian Marchlewski (dit Karski) comme conseiller adjoint à la commission des neuf.

Le lendemain, le conseil des soldats du VIIe corps dʼarmée basé à Münster fit savoir quʼil repoussait le décret de Noske, en date du 19 janvier, qui rétablissait l’entièreté de lʼautorité des officiers. Le 10, le général Watter entra dans Munster à la tête dʼun contingent de miliciens, fit désarmer les forces de sécurité locales et dissolut le conseil. Les unité de Watter étaient alors aux portes du bassin houiller. Le 15, le corps franc Lichtschlag investit le village minier de Hervest-Dorsten. Le dirigeant du conseil ouvrier, le communiste Fest, fut massacré et on dénombra 38 morts dans les rangs des travailleurs. Le lendemain, une conférence convoquée à la hâte proclama la grève générale.

Le 18, Limbertz, membre social-démocrate de la commission des neuf, cherche à imposer à une nouvelle réunion des conseils dʼouvriers et de soldats qui sʼest réunie à Essen, où il a convié de fortes délégations des localités « sures », une motion dénonçant les « décisions dangereuses » des dernières conférences et « les bandes armées qui, de leur propre initiative, […] contraignaient les ouvriers à faire grève ». On refuse de mettre au vote cette déclaration avant la vérification des mandats. Et pour cause, puisquʼil est avéré que Limbertz avait multiplié les manœuvres bureaucratiques dans lʼespoir de sʼassurer une majorité dans les rangs grévistes. Las, la grande majorité des délégués sociaux-démocrates quittent la conférence et on télégraphie à Weimar que ces derniers ont été expulsés de la réunion. La grève fut reconduite

Le même jours, les affrontement commencèrent à Elberfeld. Au dire de Pierre Broué, « le 20, on se bat dans toute la région, à Gelsenkirchen, Bochum, Bottrop, où il y a 72 morts ». Constatant le rapide reflux de la vague grévistes, les délégués régionaux des conseils ouvriers réunis à Essen jugent plus sage dʼaccepter les conditions du général Watter, qui déclare se contenter du désarmement des milices ouvrières et de la reprise du travail. Toujours selon Pierre Broué, « les négociations, conduites à Munster, aboutissent : la fin de la grève est proclamée, lʼarmistice conclu. Quarante-huit heures après, le général Watter le déclare rompu par les ouvriers, et le corps franc Lichtschlag reprend lʼoffensive ».

Rebonds en Allemagne centrale

Par un travail minutieux entamé dès novembre, les Indépendants de gauche Wilhelm Koenen et Bernhard Düwell étaient parvenus, en Saxe et en Thuringe, « à rassembler autour du noyau des mineurs lʼensemble des corporations ouvrières décisives de la région : cheminots, ouvriers de lʼindustrie chimique » (Pierre Broué). Le mois de janvier avait été occupé par la mise en place dʼune commission ouvrière en charge de la socialisation des mines, en tout point comparable à celle qui voyait le jour au même moment dans la Ruhr. On en vient à rêver dʼune « convergence des luttes », mais cʼest la répression menée par Watter à lʼOuest qui pousse les travailleurs dʼAllemagne centrale à lʼaction.

En réaction aux violences dans la Rhur, la grève générale est proclamée par les délégués régionaux des conseils ouvriers, lors dʼune conférence qui se tient le 24 février et qui est dominée par lʼUSPD. La grève est presque totale à Halle le jour même et elle fait tache dʼhuile au Sud vers la Saxe le lendemain. Au même moment, à Leipzig, Curt Geyer, issu de la gauche de lʼUSPD, organise des milices ouvrières en prévision de la défense de la « république des conseils ». Comme le signalent justement les auteurs de Lʼhistoire illustrée de la Révolution allemande, « lʼAssemblée nationale qui sʼétait réfugiée à Weimar pour échapper à lʼinfluence de la rue était maintenant au milieu dʼun territoire en grève ».

Une « contre-grève » fut organisée le 26 par lʼappareil social-démocrate, allié aux partis du centre et de la droite réactionnaire. À Halle, le conseil décida de censurer, puis dʼinterdire en conséquence les journaux bourgeois. Noske avait là son casus belli. Le gouvernement attisa tout dʼabord la division au sein des travailleurs en publiant un tract habile. Annonçant lʼamorce de la « socialisation » des puits, ce dernier prévoyait que les conseils dʼusine seraient les fondations de la « démocratie économique » de lʼavenir, mais dénonçait vigoureusement les « terroristes qui voulaient éliminer lʼAssemblée nationale et détruire le Reich par lʼanarchie politique et économique ». Ebert-Scheidemann-Noske proclamaient donc la socialisation... en vouant aux gémonies ses promoteurs les plus zélés sur le terrain ! Toutefois, face aux risques de contagion gréviste dans la capitale, la thérapeutique insidieuse du mensonge de masses nʼétait pas un remède assez efficace. Lʼintervention chirurgicale sʼimposait.

Les 3 500 chasseurs du général Maercker investissent Halle au matin du 1er mars, mais se retranchent dans les casernes face à la mobilisation populaire. Le lendemain, suite au lynchage par la foule dʼun officier en civil parti en mission de reconnaissance. Maercker donne lʼordre dʼabattre sur place quiconque tente de résister. « Wilhelm Koenen échappe de justesse à un enlèvement nocturne. Karl Meseberg (un dirigeant communiste des matelots de la Baltique venus propager la révolution) est moins heureux : il est arrêté par les chasseurs et disparaît. On retrouvera son cadavre le 19 [...]. Depuis le 5 mars, la grève bat de lʼaile. Le 7, elle est terminée ».

Janvier en mars à Berlin

Dans la capitale du Reich, le règne des corps francs de Noske était de plus en plus mal supporté par la masse de la population, qui était pourtant restée passive lors des combats de janvier. Le ton montait même entre les milices recrutées directement par le SPD et les formations paramilitaires de droite, qui avaient pris part successivement à la normalisation de Berlin. Selon le très modéré commandant du Corps des soldats républicains, « une propagande constante était organisée parmi les troupes de Noske contre Berlin la rebelle et ses défenseurs socialistes ».

Cʼest la répression du mouvement social dans la Ruhr, puis en Allemagne centrale qui mit le feu à la poudrière berlinoise. La solidarité des ouvriers de la capitale pour leurs frères nʼétait pas un vain mot et, comme le remarque justement Chris Harman, « six semaines dʼoccupation militaire nʼavait pas entamé leur moral ». Le 27 février, une grève éclate dans les usines d’État de Spandau en soutien aux travailleurs dʼAllemagne centrale, mais aussi sur des mots dʼordre économiques. Le lendemain, à lʼassemblée des conseils de Berlin, la question de la généralisation de la mobilisation était sur toutes les lèvres. Fait décisif : on procède à la réélection des délégués à lʼExécutif et, pour la première fois depuis le 10 novembre, lʼorgane de la révolution à Berlin peut basculer à gauche si responsables indépendants et spartakistes marchent ensemble, puisque le nouveau collège comprend 7 délégués du SPD, 7 de lʼUSPD, deux du KPD et un « démocrate ». Cette recomposition politique en cours au sein de la classe ouvrière de la capitale précipite lʼenvoi des corps francs de Maercker à Halle et leurs agissements en Allemagne centrale poussent en retour les masses berlinoises à lʼaction. Le 3 mars, la grève générale est votée par lʼassemblée générale des conseils à une écrasante majorité, preuve que la mobilisation avait la sympathie de la base du SPD.

Comme le note Chris Harnam, « la grève fut beaucoup plus suivie que celle de janvier. Toute lʼactivité industrielle de Berlin était paralysée ; lʼélectricité coupée, les bus, les tramways et les trains arrêtés ». Ce nʼétait plus lʼexpression dʼune minorité impatiente et convaincue. Les masses sociales-démocrates avaient rallié le mouvement, perturbées quʼelles étaient par la violence des corps francs, par la vigueur persistante des partis bourgeois que prouvaient les résultats de lʼélection à la Constituante et soucieuses de défendre la perspective de la socialisation que leurs dirigeants piétinaient de plus en plus allégrement.

Mais cette grève massive et unitaire dégénère rapidement suite à la dispersion, le 4 mars, par les corps francs de Von Lüttwitz, dʼun grand rassemblement sur lʼAlexanderplatz qui se solda par une « effroyable boucherie », au dire de lʼhistorien conservateur Benoist-Méchin – quʼon ne peut suspecter de sympathie pour la révolution prolétarienne. Dès le 5 mars, la mobilisation se mua en bataille rangée qui eut pour épicentre le quartier de la préfecture de police. La division sʼimpose dès lors rapidement. Le 4, les communistes sʼétaient retirés de lʼExécutif des conseils, qui faisait fonction de comité de grève unitaire, au prétexte que les délégués majoritaires y avaient été acceptés par Richard Müller. La centrale du KPD, dont les dirigeants avaient tiré les leçons de janvier en se contentant jusque-là de mot dʼordre concrets et défensifs, venait dʼimploser en raison des divisions politiques qui la travaillaient et tombait dans une forme dʼabstentionnisme plus que dommageable pour le mouvement. Ainsi, le 6 mars, au plus fort des combats opposant les Freikorps de Noske à la Division des marins et aux unités de défense républicaine – qui étaient restées neutres lors de la Semaine sanglante de janvier –, un tract spartakiste affirmait : « Nous luttons pour le socialisme et contre le capitalisme, alors que leurs chefs luttent pour leurs postes militaires contre leurs employeurs avec qui ils se sont brouillés. [...] Entre eux et nous nʼexiste aucune solidarité politique ».

Le même jour, hostiles à tout durcissement de la grève, les délégués du SPD quittent à leur tour le comité de grève. Las de ces divisions, Müller démissionne également. La gauche indépendante reste seule à bord, tandis que le soutien au mouvement fléchit. Pour Noske, le temps de la curée est venu. Selon Pierre Broué, les troupe de Von Lüttwitz « occupent les centrales qui alimentent les quartiers bourgeois et y font rétablir le service par les soins de lʼorganisation de briseurs de grève, la Technische Nothilfe. La grève est vaincue ». Le 8 au matin, les combats ont cessé presque partout, mais, le lendemain, Noske instrumentalise le triste sort de cinq policiers tués dans une bagarre de rue dans le secteur du Lichtenberg pour passer de la répression de masse à la terreur politique ciblée. Il fait alors placarder dans tout Berlin lʼécriteau suivant : « La brutalité et la bestialité des spartakistes qui luttent contre nous mʼobligent à donner lʼordre suivant : toute personne prise les armes à la main dans la lutte contre le gouvernement sera fusillée séance tenante ». On estime que près de 2 000 personnes ont trouvé la mort lors de cette seconde Semaine sanglante berlinoise, qui fit par ailleurs 20 000 blessés.

Cet article de notre camarde Jean-François Claudon est à retrouver dans le numéro 262 (février 2019) de Démocratie&Socialisme, la revue de la Gauche démocratique et sociale (GDS).

 

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