GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Écologie

Ecologie de la durée : tenir compte des temps de vie

Les spécialistes de l’aménagement du territoire fondent leurs approches sur l’espace. Le temps est toujours absent ou est tacitement considéré comme inhérent aux organisations spatiales mises en place. Or, une approche temporelle d’un territoire permet une compréhension différente du vécu de celles et ceux qui y habitent. Réfléchir en temps (temps passés, temps perdus, temps subis, temps choisis...) est nécessaire pour une autre organisation des territoires.

Afin de prendre en compte ces dimensions temporelles, il convient de mettre en place une planification de l’aménagement dont le capitalisme, farouchement opposé à toute régulation de l’activité humaine, est incapable.

Temps libéré… pour se déplacer

En un siècle et demi, les rythmes de vie n’ont cessé d’évoluer. Grâce aux luttes sociales, le temps de travail a été divisé par deux et le temps libre multiplié par cinq. Durant ce siècle, on a gagné 40 % de durée de vie, soit autant qu’entre l’an 1000 et 1900.

Le temps libéré sert, néanmoins, peu à l’épanouissement personnel comme on l’aurait souhaité. Le temps « libéré » est principalement utilisé à réaliser des déplacements de plus en plus nombreux et de plus en plus longs. Les journées sont rythmées par des trajets dans tous les sens pour relier des espaces de vie de plus en plus morcelés. Nous voilà contraints à passer de plus en plus de temps dans les transports pour accéder, pêle-mêle, au travail, à l’école, au collège, au lycée, aux commerces, aux services, mais aussi au sport et aux loisirs, indispensables à la vie de la famille.

Pour Stéphane Barbereau, journaliste à France Bleu Nord, « Élargir les routes serait la pire solution, ça ne marche jamais. La ville la plus congestionnée en France est Marseille, la ville qui encadre le moins l’usage de la voiture. Les villes les plus congestionnées dans le monde se trouvent notamment aux États-Unis. À Houston, Los Angeles, on a des autoroutes à sept ou huit voies et malgré cela, les automobilistes perdent énormément de temps dans les bouchons. À Mexico, il y a des autoroutes à double étage et on roule à 8 km/h de moyenne. » (« Les pistes pour mettre fin aux bouchons dans la métropole lilloise », 28 février 2019)

Impacts sociaux et environnementaux

Les mobilités ne sont certes pas les seules sources de pollutions mais elles sont les principales sources des émissions de gaz à effet de serre (GES). Ainsi, un bouchon de cent kilomètres entraîne le ralentissement de 200 000 véhicules, qui consomment deux fois plus d’essence. Dans un bouchon, la consommation d’essence au kilomètre est multipliée par deux alors que le train émet deux cents fois moins de CO2 que la voiture !

Les impacts environnementaux de nos déplacements concernent l’air, l’atmosphère planétaire, le climat et les microclimats, l’eau, les sols, la flore, la faune et la flore, l’intégrité éco-paysagère, le bruit et la santé publique (problèmes pulmonaires et cardiovasculaires surtout). Ces coûts globaux sont rarement évalués, et pour cause...

Approche temporelle et aménagement

L’idée de politiques temporelles, qui auraient dû être une approche innovante des politiques urbaines, est née au milieu des années 1980 en Italie. En 2001, Lionel Jospin s’exprime en ces termes : « Les politiques des temps sont essentielles. La vie est du temps d’épanouissement pour tous […]. Maîtriser sa vie, le cours de sa vie – cette ambition qui est celle de chaque être humain –, c’est d’abord maîtriser les temps de sa vie »1. Malheureusement peu de choses ont changé depuis2. Le capitalisme se soucie toujours aussi peu de l’épanouissement de chacun.

En même temps

Pourquoi tout le monde se trouve-t-il en même temps au même endroit (routes, rocades, quais de gare, arrêts de tram…) ? Si les habitantes et les habitants des zones rurales ont un sentiment d’isolement et d’abandon, c’est à une sensation d’étouffement que la population des grandes villes et des métropoles est confrontée.

Développement des transports publics dans la ville et pour s’y rendre, étude de leur gratuité, refus d’une métropolisation qui accapare et qui se fait au détriment des villes moyennes, accroissement des moyens collectifs et individuels de garde des enfants : voilà ce dont nous avons notamment besoin ! Tout le contraire de la politique menée actuellement qui réduit la place du service public ferroviaire ou fragilise l’indemnisation des assistantes maternelles…

  1. Le 20 septembre 2001, à l’occasion de la conférence nationale « Les temps de la vie quotidienne ».
  2. Dans certaines collectivités, il est prévu que le ménage soit fait pendant la présence du personnel, et non à cinq heures du matin par exemple.

Cet article de notre camarade Natalie Francq est à retrouver dans le numéro de mars de Démocratie&Socialisme, la revue de la Gauche démocratique et sociale (GDS).

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