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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

International – Europe

Menaces (Post it Palestine de D&S n°253)

La référence au problème palestinien fait souvent irruption dans le débat faisant suite à la présentation du livre intitulé L’Antisémite par son auteur Pascal Boniface1. Cette fois, un auditeur, la bouche en cœur, propose benoîtement : « Pourquoi les Palestiniens n’iraient-ils pas dans un pays dans lequel ils vivraient bien : la Jordanie ? » Stupeur dans la salle, et réponse pertinente de l’orateur : cela voudrait dire qu’ils doivent partir, autrement dit, qu’il s’agit d’un transfert de population. L’auditeur hésite devant le terme de transfert, qui jadis masquait plus ou moins celui de déportation.

Une telle question éveille à bon droit l’inquiétude. Elle reflète un succès de la propagande israélienne visant à présenter sous forme de préoccupation bienveillante un thème que les colonisateurs traitent sur place de manière bien plus crue. Contrairement à ce qu’ils ont peut-être cru et voulu faire croire, la Palestine n’est pas une « terre sans peuple ». Et nombreux sont ceux qui considèrent son « nettoyage ethnique » comme inachevé. La poursuite implacable de la « judaïsation » de Jérusalem-Est n’est ici que le sommet émergé d’un iceberg bien plus étendu. Et pour encourager d’hypothétiques candidats à un départ volontaire, quoi de mieux que de rendre leur vie présente la plus insupportable possible ?

Obstacles au développement

La perspective de « la paix par le progrès économique » ne pouvait qu’échouer dans la mesure où les prémisses sur lesquelles elle s’appuyait étaient illusoires dans un contexte d’occupation-colonisation. Le désenchantement s’est avéré tel qu’il a fallu recourir à un nouveau concept pour caractériser la réalité de la situation : celui de dé-développement, où tout est fait pour empêcher et détruire tout développement réel2.

Les aides internationales que peuvent obtenir les Palestiniens sont à leur tour ciblées par les dirigeants d’un État qui va jusqu’à refuser toute amélioration de leur quotidien : plusieurs centaines de structures édifiées notamment avec le soutien d’organisations internationales ou avec l’aide financière de l’Union européenne ont ainsi été démolies3.

Serait-il outrancier de parler ici d’une entreprise de destruction économique systémique ?

Distorsions du Droit

L’économie n’est pas le seul terrain sur lequel s’exerce une implacable oppression. Les rapports singuliers d’Israël avec le Droit international relèvent du grand écart : ils vont du mépris revendiqué (en ce qui concerne, par exemple, l’implantation de colonies dans des territoires occupés ou annexés) au recours abusif (en criminalisant pour antisémitisme toute critique de sa politique). Les limitations les plus fermes s’imposent aux populations qu’il contrôle plus ou moins directement : ce n’est pas la justice civile, mais une juridiction militaire (pour les Palestiniens, pas pour les colons) qui s’applique dans les Territoires occupés. Une aggravation est à craindre : Ayelet Shaked, actuelle ministre de la Justice israélienne, déclare qu’il faut maintenir une majorité juive en Israël même s’il faut pour cela violer des droits4. Avec la nouvelle loi sur l’État-nation, toute garantie est ainsi prise si la solution dite des deux États est remplacée par celle d’un seul État (avec apartheid intégré) : même annexés, les Palestiniens n’auront pas le droit de vote. Toute revendication d’égalité des droits nationaux est ainsi officiellement écartée, rejetée d’avance.

En tant que membre de l’ONU, Israël a adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme, proclamée le 10 décembre 1948. Dans les faits, il ne la reconnaît pas.

Tentations totalitaires

La violence exercée à l’égard des Palestiniens devient non seulement banale, mais tend à s’étendre à toute opposition à la politique gouvernementale.

Michel Warschawski dénonce ainsi dès 2014 « un processus non seulement de droitisation mais de fascisation » : « Des groupes violents viennent attaquer des réunions de la gauche, terrorisent les gens, lesquels ont peur de s’exprimer ».

En 2018, coup de tonnerre, ce n’est pas un opposant connu, mais Zeev Sternhell, historien, membre de l’Académie israélienne des sciences et des lettres, spécialiste de l’histoire du fascisme, qui publie dans Le Monde du 19 février une tribune dans laquelle il écrit que « pousse sous nos yeux, non pas un simple fascisme local, mais un racisme proche du nazisme à ses débuts ».

Le plus terrible, pour qui suit de près l’actualité du Proche-Orient, c’est que la menace semble, hélas, à prendre au sérieux.

Cet article de notre ami Philippe Lewandowski est à retrouver dans la revue Démocratie&Socialisme n°253 de mars 2018.

  1. Pascal Boniface, L’antisémite, 2018, préfacé par Michel Wieviorka. L’auteur y dénonce le « chantage à l’antisémitisme» dont il est l’objet.
  2. Note de lecture de Gérard Larose, Le dé-développement économique de la Palestine, par Olivia Elias (2013), http://www.iris-france.org/note-de-lecture/le-de-developpement-economique-de-la-palestine, consulté le 04/03/2018.
  3. « Les Pays-Bas scandalisés après la destruction par Israël de leur projet de panneaux solaires à Jubbet al-Dhib », http://www.chroniquepalestine.com/pays-bas-scandalises-apres-destruction-israel-de-projet-de-panneaux-solaires-jubbet-al-dhib, consulté le 04/03/2018.
  4. Revital Hovel, « Justice Minister : Israel must keep jewish majority even at the expense of human rights », https://www.haaretz.com/israel-news/justice-minister-israel-s-jewish-majority-trumps-than-human-rights-1.5811106, consulté le 04/03/2018.
  5. Michel Warschawski, propos recueillis par Louis-Marie Barnier, « Israël, une société en voie de fascisation, et pourtant… », https://www.ensemble-fdg.org/content/israel-une-societe-en-voie-de-fascisation-et-pourtant, consulté le 04/03/2018

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