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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Jeunes

Former, éduquer, faire progresser, pas classer !

Anxiogène et choquant : deux adjectifs qui résument bien ce que pensent aujourd'hui une majorité de lycéens et leurs familles soumis au choc de la sélection de Parcours sup. Nous publions ici un article de notre camarade Dominique Batoux paru dans la revue Démocratie&Socialisme n°254-255 (avril mai 2018). Ecrit en avril , cet article garde toute son actualité.

Nous analysions dans ces colonnes, il y a quelques mois, le Plan étudiants et les « pré-requis » qu'il instaurait à l’entrée des filières de l’enseignement supérieur (Université, la sélection n'est pas la solution). Aujourd’hui, on parle de la loi ORE (Orientation et réussite des étudiants). Quant à la plateforme Parcoursup, censée trier les candidatures, tout le monde – y compris ceux qui l’ont concoctée – l’appelle maintenant par son vrai nom : sélection à l’entrée de l’université.

Les lycéens avaient jusqu’au 31 mars pour s’inscrire sur Parcoursup, avec au maximum dix vœux (sous-vœux possibles !), lettre de motivation, voire CV (sic !), activités extra-scolaires. Faisait partie de ce dossier une Fiche avenir avec avis du conseil de classe et du chef d’établissement.

Rappel des faits

Les universités font leur propre algorithme ou se débrouillent comme elles peuvent pour classer. Les service de scolarité font une grande partie du boulot, un directeur des études ne pouvant matériellement pas lire jusqu’à 5 000 lettres de motivation. Une fois les capacités d’accueil atteintes – ce qui va vite arriver, puisque les vœux ne sont pas hiérarchisés –, ils seront sur liste d’attente. On va donc classer ces futurs étudiants, y compris dans des filières qui n’étaient pas en tension.

On s’attend à ce qu’à la rentrée certains élèves n’aient pas encore de réponse définitive. Une telle procédure est bien entendu source d’incertitude et de stress, pour les jeunes et leurs parents. Fr. Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, a déclaré le 17 mars qu’« aucun candidat à l’université ne recevra un “non”. Il aura un “oui” ou un “oui si” », déclaration contredite par une fiche technique, publiée sur le site de la DGesip : « Des élèves “en attente” pourront recevoir une notification de décision négative induite par l’examen des candidatures ».

La loi ORE

Tout le monde parle de Parcoursup, mais la loi ORE, qui lui sert de cadre, en dit plus : licence modulable entre deux et quatre ans, inscription à l’unité d’enseignement (UE), et non plus à l’année, avec pour conséquence la fin des compensations, et in fine – ce qui n’est pas dans la loi, mais bien dans le collimateur – augmentation des frais d’inscriptions1. Il faut bien compenser la baisse des moyens2. Sans en arriver encore là, certaines universités ont déposé un projet « Grandes universités de recherche » : l’Université Côte d’Azur (UCA) à Nice, par exemple, veut mettre en place à la rentrée des diplômes bac + 5 à 4 000 euros annuels en lieu et place des diplômes nationaux de l’Université de Nice Sophia Antipolis : public contre public, très fort !

Fake news

L’appel lancé le 10 avril par 400 enseignants-chercheurs et intitulé « Une sélection absurde » sur le site de France Info a débouché sur la publication d’une pétition qui a recueilli plus de 8 000 signatures au moment où ces lignes sont écrites (http://www.parcourssup.eu). Cela a suffi pour que cinquante présidents d’université signent sur le même site, dès le 13, une tribune intitulée « 28% de réussite à la fac ? Ça suffit, il faut agir ! »3. On notera au passage une phrase délicieuse : « Quel artisan pâtissier accepterait que 28 % de ses gâteaux soient présentables en vitrine ? » Après les examens en chocolat de Macron, nous sommes décidément dans un monde de douceurs !

Mais que représentent ces 28% ? Ce que l’on sait, c’est que 88 % des inscrits en L3 obtiennent un diplôme de fin d’année – chiffres publiés en 2016 par le ministère4. Alors, oui, c’est quelquefois « au prix de multiples détours » ? Et alors ? 40 % des étudiants – et certainement bien davantage – travaillent pendant leurs études, et ce sont la plupart du temps ceux qui viennent de milieux modestes. Certains s’aperçoivent en 1ère année qu’ils se sont trompés, et essaient autre chose, souvent avec succès. Certains arrêtent parce qu’ils ont envie de faire autre chose, un service civique par exemple. Certains attendent d’avoir une place en BTS ou en IUT. Et on nous rabâche à l’envi le cas des bacs pro dont 60 % échouent, mais qui ne représentent que 8 % des effectifs ! Si à 18 ans, on n’a plus le droit d’hésiter, de se tromper ou encore d’explorer, quand donc l’aura-t-on ?

La répression comme réponse       

Étudiants et enseignants résistent à cette loi qui risque bien d’être « le dernier clou sur le cercueil de l’université française » (Annliese Nef dans Politis du 9 avril). Les enseignants en refusant pour beaucoup d’entre eux de participer aux commissions censées classer. Les étudiants en occupant leurs facs.

Jamais on n’a vu de la part de l’État une telle répression, violente parfois, contre des étudiants, ce qui ne fait que les déterminer davantage. Et, contrairement à ce que déclare Macron dans son interview sur BFM-TV, RTL et Mediapart du 15 avril, ceux qui bloquent les universités ne sont pas tous des « professionnels du désordre » – de nombreuses voix en témoignent tous les jours5.

Dominique Batoux

  1. Lire à ce sujet l’excellente analyse de la sociologue Corine Eyraud, « L’université française. Éléments d’analyse sociologique ». Conférence donnée à Marseille et Aix, les 21 et 27 mars 2018, à retrouver sur http://www.lest.cnrs.fr.
  2. Lire notre article « Le retour d’un vieux serpent de mer », paru dans D&S 251, p. 14-15, ainsi que l’analyse de Thomas Piketty sur son blog (datée du 12/10/17).
  3. https://www.francetvinfo.fr/societe/education/parcoursup/tribune-28-de-reussite-a-la-fac-ca-suffit-il-faut-agir-une-cinquantaine-de-vice-presidents-d-universite-defendent-la-reforme-vidal_2703956.html
  4. http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid122969/parcours-et-reussite-en-licence-et-en-paces-les-resultats-de-la-session-2016.html
  5. Sur l’état de la mobilisation, voir http://www.sauvonsluniversite.com, site mis à jour tous les jours.

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