GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Le social au cœur Syndicats

Interview de Raymond Vacheron, délégué au congrès (Textile Haute-Loire)

« Un congrès combatif, un congrès utile »

Ce 49ème congrès de la CGT a-t-il été marqué par un affrontement entre les partisans et opposants à Bernard Thibault ?

Le congrès n’a pas été un débat entre Thibault et Delannoy, même si c’est ce qu’ont voulu faire apparaître certains médias. Les textes ont été votés tous à plus de 75 % et la direction élue à plus de 91 %. Ceux que la presse appelle les opposants sont très divers. Chez les délégués, l’immense majorité refuse d’être cataloguée comme opposant. Ils en voulaient même à ceux qui apparaissaient comme vouloir diviser leur syndicat. Mais il y avait beaucoup d’interrogations sur les luttes, notamment la suite qui a été donnée aux grandes mobilisations du début d’année, sur les revendications, y compris l’unité ou, ce qu’on appelle dans la CGT le syndicalisme rassemblé. D’ailleurs, la direction a été amenée à tenir en partie compte des critiques puisqu’elle a reformulé les résolutions et qu’elle a même proposé contre toute attente une résolution d’actualité en fin de congrès. En annonçant la mobilisation sur la défense de la retraite à 60 ans en 2010, elle a fixé une perspective concrète, centrale, pour l’ensemble du salariat.

Peux-tu nous dire pourquoi tu insistes souvent sur la nécessité pour le syndicalisme d’avancer des revendications précises ?

Depuis des années, la CGT a gagné en indépendance et c’est très important. Elle ne veut pas se minoriser. Elle cherche des revendications acceptables par le reste des organisations syndicales. Car la direction pense qu’il ne peut y avoir de mobilisations massives et réussies qu’avec un accord avec le reste du syndicalisme français. C’est pour cela, en partie, qu’elle s’en tient souvent à des formules générales plutôt qu’à des revendications précises, sur les salaires, les retraites …Pourtant, je pense moi et je l’ai dit à ce congrès que c’est la ou les revendication(s) qui fédère(nt) et qui entraine(nt) la mobilisation. Car, sans mobilisation et rapport de force, et là-dessus nous sommes tous d’accord, il n’y a pas d’avancée sociale possible, on est même contraint au recul social. Il est donc nécessaire que la réflexion se poursuive sur ce sujet. Par ailleurs, l’absence de perspectives politiques à gauche est dans toutes les têtes et pèse naturellement sur la capacité de débouché d’un mouvement social d’une ampleur telle que celui du début 2009. L’appel à la grève générale ne peut combler ce hiatus qui a des conséquences pratiques sur l’expression du rapport de force. D’ailleurs, on peut remarquer qu’à la différence de 1981 avec la retraite à 60 ans, les 35 heures, il n’y a pas de plateforme d’exigences syndicales fortes. Si tel était le cas, les partis de gauche devraient en tenir compte. Cela aiderait à la construction du débouché politique. Les deux se combinent donc.

Comment analyses-tu la démarche unitaire de la CGT ?

La CGT défend toujours le syndicalisme rassemblé. Elle a raison de refuser l’opposition entre syndicalisme réformiste et syndicalisme de contestation. Le syndicat signe des accords quand ils vont dans le bon sens et, pour avoir de bons accords, il conteste et mobilise. Défendre une CGT pour tous les salariés, pour tous les syndicalistes est nécessaire. Cela passe par le regroupement de militants venant de divers horizons qui conservent leur savoir faire, leurs idées, leurs expériences. Il faut chercher à ce que des organisations non confédérées redeviennent confédérées, que ce soit la FSU ou l’UNSA. Et la scission de 1947 des deux CGT n’est plus pertinente. On ne peut plus accepter la dispersion du syndicalisme français.

Justement, sur l’avenir du syndicalisme, où en est-on ?

Sur l’avenir du syndicalisme, je suis un peu frustré. Le texte du congrès, sa résolution 3, évoque cette question en termes nouveaux. Pourtant les débats n’ont pas eu lieu. C’est dommage car des expériences d’unification de forces venant d’horizons différents existent. Il faut tout de même bien mesurer les évolutions. Quand la CGT refuse le découpage du syndicalisme en un pôle réformiste et un pôle de lutte, elle affiche sa volonté d’unifier les deux aspects qui sont inhérents à toute activité syndicale : la proposition, la lutte, la négociation et même le compromis.

On peut regretter que la question de l’unification du syndicalisme ne soit pas posée en tant que telle et que la multiplication des initiatives, à tous les niveaux, n’ait pas été décidée. Mais sauf à ce que le positionnement du dernier congrès du SNES soit mis en cause au congrès de la FSU en février, je pense qu’un mouvement est engagé.

Même insuffisamment affiché, le travail CGT-FSU, entraîne déjà de profondes interrogations dans l’ensemble du syndicalisme. Cela pose, de facto, la perspective de l’unification syndicale de manière nouvelle et non théorique même si nous ne pouvons, à cette étape, en pronostiquer les rythmes. Aux militants et responsables les plus convaincus de cet objectif de veiller à éviter des retours en arrière.

La CGT est-elle en ordre de marche ?

Ce congrès a démontré une combativité et une attente importante des militants cégétistes. La direction confédérale a su au moins en partie y répondre. Le congrès a donc été utile. C’est maintenant sur le terrain social que se vérifieront les capacités de la CGT à mobiliser les salariés et à entraîner les autres syndicats pour refuser les reculs sociaux mis en œuvre par Sarkozy et le patronat.

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