GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Le social au cœur

Victoire du FN à Brignoles : pour contenir la droite, Hollande doit se réorienter à gauche

Article initialement publié sur Le Plus Nouvel Obs.

Malgré une participation en hausse au deuxième tour, c'est bien le candidat du Front national (FN) qui a été élu, dimanche 13 octobre, conseiller général du canton de Brignoles (Var) avec 53,9% des voix. Pour Gérard Filoche, membre du bureau national du PS, la principale cause de cette défaite reste la démobilisation massive de l'électorat de gauche.

Les résultats des élections cantonales partielles de Brignoles dans le Var sonnent doublement l’alerte.

Au premier tour, le Front national recueille 40,4% des suffrages exprimés, l’UMP 20,8% et la gauche est exclue du second tour. Le candidat du Front de Gauche, soutenu par le Parti socialiste, obtient 14,6% et la candidate EELV 8,9%. Au second tour, le FN l'emporte devant l'UMP avec 53,9% des voix alors que la participation n'augmente que... de 12 points.

La question que cette élection pose à la gauche n’est pas tant celle de la "percée" du parti d’extrême-droite – très relative au vu d’une abstention de près de 70% des inscrits au 1er tour et 58% au second – que celle de la très faible mobilisation de notre électorat. Le FN ne gagne pas de voix, c'est la gauche qui en perd... vers l'abstention.

Il est inutile de chercher à expliquer ces résultats par la division, alors qu’il n’y avait que deux candidats de gauche contre quatre de droite, avec un candidat communiste soutenu par le PS. Il est bien plus vain encore d’attribuer la responsabilité de l’échec à l’unité PC-PS comme ont tenté de le faire certains. Il est bien évident qu’un candidat de gauche, socialiste, supplémentaire, n’aurait fait que diviser un peu plus encore nos voix.

La gauche, entre colère et résignation

Même s'il y avait unité PS + PCF FdG + Verts, les chiffres stricts indiquent que 14,6 + 8,9 = 23,5% (plus s'il y avait dynamique). Et dans ce cas, il y aurait eu un candidat de gauche face au FN, ce qui aurait été quand même préférable au fait, pour la gauche, d'être obligée de soutenir un candidat UMP au 2e tour !

La cause de cette défaite n’est autre que celle-là : à Brignoles, la gauche s’est massivement abstenue ! Et ce n'est pas une cause locale mais nationale : la politique du gouvernement crée un climat à la fois défaitiste résigné et de colère, à gauche, dans le pays.

Dans son discours du Bourget, François Hollande disait : "Je ne m’attends pas à des manifestations de soutien, si nous accédons aux responsabilités". À la relire, cette simple phrase était le petit ver dans le fruit magnifique que fût ce discours du 22 janvier 2012 (dont nous défendons les orientations en dépit de leur abandon).

Cette phrase, en apparence anodine, indiquait une analyse erronée des rapports de forces politiques et sociaux, qui mine en profondeur l’action du gouvernement en limitant son "champ des possibles". Malgré les conquêtes des collectivités locales, du Sénat, de l’Assemblée et de la présidence de la République, la majorité de la direction du PS est encore convaincue que la France est à droite.

Pourtant, le cœur de la France bat à gauche. 93% de la population active est salariée et 67% d’entre eux ont voté à gauche en 2012. Notre camp social, c’est l’écrasante majorité de la population qui demande à être mieux protégée des effets de la crise, et qui aspire à percevoir des salaires permettant de vivre décemment, relançant d’ailleurs ainsi la consommation.

Arrêtons de courir après le patronat

C’est en affrontant Merkel en Europe et le Medef en France, pour mener une politique volontariste de redistribution des richesses par la fiscalité, les salaires et le renforcement des services publics que le gouvernement trouvera le soutien populaire dont il a besoin pour mener son action.

Aujourd’hui, après le crédit d'impôts compétitivité-emploi (CICE), l'accord national interprofessionnel (ANI), et l’allongement de la durée de cotisation pour la retraite, le Medef ose "donner un carton jaune" au gouvernement. Quand le gouvernement lui propose tout (20 milliards de CICE, l'ANI loi du 14 juin, non amnistie des syndicalistes, non paiement des allocations familiales, non imposition de l'EBE, travail le dimanche, casse de l'inspection du travail), le Medef réclame toujours plus.

Gattaz demande 100 milliards : on lui donne le doigt, il prend la main, on lui donne la main, il prend le bras. Et les patrons ne renvoient rien : ils n'utilisent que 70% des capacités productives de leurs machines et usines, ils produisent moins pour gagner plus, ils licencient plus pour spéculer plus, il préfèrent l'argent que l'emploi.

Donc à courir après l'alliance avec le patronat, le gouvernement perd sur les deux tableaux à la fois : les médias patronaux le placent à 20% dans les sondages et les électeurs de gauche sont ulcérés.

Le patronat développe le chômage, bloque les salaires, accumule depuis des mois, en profitant de l'ANI, les plans de suppressions de postes, d'Alcatel à Nouvelles Frontières, de Doux à PSA, de Michelin à Hamelin... La grande purge : de l'agroalimentaire à la sidérurgie en passant par le textile ou l'automobile, des multinationales aux PME… Aucun secteur n'échappe à la déferlante de plans sociaux qui touche le pays depuis plus d'un an.

Alors, rien d'étonnant à ce que dans le même temps, le PS ait perdu les huit élections législatives partielles dont deux étaient des "bastions" de la gauche. Il a été éliminé du 1er tour dans six d’entre elles. Et maintenant, Brignoles…

Changer de cap !

L’alerte est plus que donnée, il est urgent de changer de cap ! Certes, il n'y a pas de glissement de gauche à droite. Pour l'heure, il s'agit d'un glissement interne à la droite de l'UMP vers le FN. Et au sein de la gauche d'un tassement par abstention.

Il faut noter qu'encore une fois qu'aucune partie de la gauche ne gagne contre une autre partie. Quand le PS perd, toute la gauche perd. Le sort de toute la gauche est lié. Brignoles le démontre aussi, comme toutes les partielles précédentes. Le Front de Gauche ne remplace pas les voix perdues du PS, les électeurs mettent toute la gauche dans le même sac.

À ce compte, les municipales pourraient être une déroute. Mediapart évoque une étude qui annoncerait 75 villes de plus de 30.000 habitants que la gauche pourrait perdre. Et le FN serait en tête aux européennes. C'est grave ! Certains s'en réjouissent croyant qu'ils "sanctionneront" ainsi le gouvernement. Mais ce faisant ils luttent contre leur camp, contre eux-mêmes. Ce ne sera pas une sanction du PS mais une victoire de la droite UMP et FN qui s'enhardiront pour la suite.

Même et surtout si on veut combattre et réorienter l'actuelle politique du gouvernement, il faut limiter les dégâts de cette politique, limiter les pertes des villes et les victoires désastreuses de la droite UMP et FN. Il est positif que des accords soient en bonne voie, comme à Paris : ils sont la seule riposte réaliste possible. Comme le dit Pierre Laurent : "Des victoires aux municipales aideront à ouvrir l'alternative".

Il faut proposer l'unité de toute la gauche des le 1er tour, partout où c'est possible, pour combattre l'austérité et ses ravages. Pour contenir la droite. Pour pousser à ce que le gouvernement se réoriente à gauche. À ce que se mette en place un gouvernement d'unité de toute la gauche, rouge, rose, vert.

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