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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

International – Europe

Vénézuela : déstabilisation et ingérence US

Profitant de la situation catastrophique dans laquelle le Venezuela est plongé, les fractions les plus agressives du capital américain ont donc décidé de sʼen prendre à ce quʼil reste du régime chaviste. Si la politique de Maduro a favorisé lʼopération de déstabilisation menée depuis Washington, il ne faut pas se tromper dʼennemi. Le principal danger pour le peuple vénézuélien, cʼest bien lʼimpérialisme US et ses valets compradores qui sʼagitent à Caracas.

En Amérique latine, le processus révolutionnaire qui a suscité tant dʼenthousiasme en Europe, bat de lʼaile. Ascendant entre 1999 (victoire de Chavez au Venezuela) et 2009 (coup d’État contre Zelaya au Honduras), il a ensuite connu une décennie difficile, où il a petit à petit perdu lʼinitiative, face à la pression accrue de lʼimpérialisme nord-américain, mais aussi face à la bureaucratisation des partis arrivés au pouvoir suite aux grandes mobilisations populaires des années 2000.

Le cas du Brésil est emblématique. Lʼattachement sincère des masses aux réformes sociales du PT au pouvoir nʼa pas suscité un mouvement de protestation dʼune ampleur suffisante pour empêcher le double coup d’État contre Dilma Rousseff, puis contre le candidat Lula. Lʼaffirmation dʼun axe populiste Trump-Bolsonaro constitue maintenant une nouvelle étape dans lʼentreprise US de normalisation du sous-continent en général, et du Venezuela en particulier.

Rappel des faits

Depuis le 23 janvier, le Venezuela vit avec deux présidents : Nicolás Maduro, le successeur de Chavez réélu en mai dernier lors dʼun scrutin largement boycotté par lʼopposition de droite, et Juan Guaidó, leader de lʼAssemblée nationale qui sʼest autoproclamé chef de lʼÉtat par intérim.

Au lendemain des dernières élections présidentielles, lʼopposition intérieure, les pays membres du groupe de Lima et les États-Unis avaient déclaré ne pas reconnaître la victoire de Maduro. Cinq jours avant que le président réélu prête serment pour son second mandat le 10 janvier, Juan Guaidó avait déjà déclaré son illégitimité et annoncé que lʼAssemblée nationale quʼil présidait se considérait en état dʼurgence. Le chef de lʼopposition avait même exhorté dans son allocution « les soldats qui port[ai]ent leur uniforme avec honneur à faire un pas en avant et à faire appliquer la Constitution ». Confiants, les putschistes avançaient à visages découverts.

Le 23 janvier, la réaction passe le Rubicon. Juan Guaidó se proclame chef de lʼÉtat et il est immédiatement reconnu par Trump et Bolsonaro, tandis que plusieurs centaines de milliers de personnes manifestent à Caracas. Cinq jours plus tard, lʼadministration américaine impose de lourdes sanctions à la compagnie pétrolière vénézuélienne PDVSA pour faire pression sur Maduro. À ce jour, il sʼagit des mesures de rétorsion les plus vigoureuses appliquées par les États-Unis.

Hypocrisie impérialiste

Lʼintervention de lʼimpérialisme US, dont Guaidó nʼest que le pion le plus avancé, est menée sous les prétextes de « défendre la démocratie » et « d’apporter une aide humanitaire » aux populations victimes du « dictateur » Maduro. Tout cela nʼest naturellement quʼhypocrisie. Qui pourrait croire une seule seconde à lʼinclinaison humanitaire dʼun Trump qui sʼingénie à bâtir un mur pour empêcher les dizaines de milliers de Vénézueliens partis sur les routes de lʼexil de franchir le Rio Grande ? Le fameux convoi humanitaire bloqué actuellement en Colombie nʼest rien dʼautre quʼun moyen cynique pour désolidariser les populations nécessiteuses, mais aussi la base de lʼarmée, du régime qui refuse mordicus cette « aide » perfide.

Pour ce qui est de la défense des libertés, outre que les peuples nʼapprécient guère « les missionnaires armés » (pour reprendre la fameuse formule de Robespierre), il est piquant de noter que Trump a confié la mission de superviser « la restauration de la démocratie au Venezuela » à Elliot Abrams, qui a trempé dans toutes les opérations de déstabilisation menées par la CIA en Amérique latine dans les années 1970 et 1980 ! On connaît des démocrates plus sincères...

Lire les grandes lignes du programme de Guaidó permet enfin de comprendre que la satisfaction des besoins élémentaires des citoyens vénézueliens nʼest que le cadet des soucis de lʼopposition et de ses puissants protecteurs. Le « président » autoproclamé prévoit en effet rien de moins que la privatisation de la plupart des entreprises nationalisées, l’« ouverture » aux multinationales étrangères de lʼextraction pétrolière, la suppression de tous les programmes sociaux et naturellement – austérité oblige !– un « budget équilibré ». Ce nʼest certainement pas avec ce remède de cheval ultralibéral que lʼéconomie vénézuélienne va guérir de ses nombreux maux.

Avec le peuple vénézuélien

Les Vénézuéliens attachés à la souveraineté populaire et à la démocratie ont raison de refuser toute ingérence extérieure dans leurs affaires communes, quʼelle vienne du groupe de Lima ou directement de la Maison Blanche. Ils ont tout notre soutien. Dans les durs combats quʼils sʼapprêtent à mener, il ne doit pas y avoir de place pour même une once dʼétat dʼâme. Lutter de tout cœur contre les ingérences extérieures et la déstabilisation intérieure nʼimplique pas de soutenir inconditionnellement le régime de Maduro. Repousser lʼagression US n'empêche pas de poser la question des responsabilités et de replacer le Venezuela – malgré et peut-être même contre le président – sur les rails du progrès et de la prospérité. Bref, sur la voie du socialisme.

Cet article de notre camarade Jean-François Claudon est à retrouver dans le numéro de février de Démocratie&Socialisme, la revue de la Gauche démocratique et sociale (GDS).

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