GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

International – Europe

Une reconnaissance à éclipses ou les paradoxes d’une avancée

Nous publions ci-dessous la chronique Palestine de notre ami Philippe Lewandowski, parus dans Démocratie Socialisme n°219 de novembre 2014. Elle avait été écrite avant le vote au Parlement français sur la reconnaissance de la Palestine.

La déclaration du gouvernement suédois, suivie du vote du Parlement britannique, ont remis sous les feux des médias la question de la reconnaissance de l’État palestinien. L’Autorité Palestinienne n’a pas manqué de s’en réjouir, et le gouvernement israélien n’a pas manqué de s’en offusquer. D’autres voix s’étaient pourtant élevées, mettant en avant qui les insuffisances, qui les ambiguïtés d’une mesure politique dont, si les premières n’étaient pas comblées et les dernières n’étaient pas dissipées, les conséquences pourraient se retourner contre ceux-là même qui seraient censés en bénéficier, mesure qui reviendrait donc peut-être à « un pas en avant, deux pas en arrière ». Essayons d’y voir un peu plus clair dans des jeux diplomatiques dont la clarté n’est pas la qualité première.

Une revendication légitime

Nous ne mettrons pas ici en doute la sincérité et la bonne volonté des institutions de deux États qui n’ont, après tout, fait que rejoindre les 134 pays ayant déjà reconnu la Palestine en tant qu’État. Le seul élément déplorable est ici que les autres tardent tant à le faire, le seul élément scandaleux est ici la menace de veto américain s’ils l’osaient. Et même s’il ne s’agit là que de gros titres, même si le fond de l’affaire s’avère bien plus complexe et incertain que sous les apparences, il n’en demeure pas moins que cette revendication est légitime, qu’il serait irresponsable de la rejeter, mais qu’elle demande aussi à être solidement étayée.

Des précisions indispensables

La première précision à apporter équivaut à un rappel : la reconnaissance dont il est question concerne la Palestine « dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale ». Ce n’est probablement pas un hasard si l’expression tend à passer au second plan, remplacée par la notion géographiquement plus floue d’un État palestinien « viable ».

La seconde réalité dont il est impossible de ne pas tenir compte est celle de l’expansion permanente de la colonisation israélienne dans les territoires occupés. Lorsque Mahmoud Abbas parle de fixer un délai pour aboutir à la fin de l’occupation, l’argumentation peut sembler brillante, mais demeure d’ordre rhétorique : les chances de la voir se concrétiser, non tant dans une résolution de l’ONU que, surtout, sur le terrain, sont, disons faibles.

La troisième hypothèque non soldée réside dans le devenir du droit au retour des réfugiés palestiniens et dans le risque de nouveaux déplacements forcés de population ou de transferts de souveraineté non souhaités.

Si le blocage politique (refus israélien) semble prévisible, le drame réside peut-être dans l’obstination à s’accrocher à la problématique de séparation fondée sur feu les accords d’Oslo.

Relance d’un débat ancien

(1)

L’avertissement que lançait alors Edward Saïd garde en effet toute sa pertinence : « La question, je crois, n’est pas de savoir comment trouver les moyens de les maintenir séparés, mais de voir s’il est possible pour eux de vivre ensemble et aussi paisiblement que possible », disait-il, en parlant des Palestiniens et des Israéliens.

En vingt ans, le maillage des populations s’est considérablement développé. Ibrahim Malawi observe : « Le paradoxe des politiques d’apartheid en Israël, c’est que celles-ci veulent imposer la séparation entre les colons et les natifs, mais en poursuivant simultanément une expansion qui force l’interaction et dans certains cas, l’intégration. »

Rappelant que « Hannah Arendt, Martin Buber, Judah Magnes, Ilan Pappe, et beaucoup d’autres voix juives importantes ont plaidé pour un état binational », il poursuit dans le même ordre d’idées : « Selon Saïd, la caractéristique sociale la plus importante pour un seul état en Palestine serait la pratique de la citoyenneté dans un sens moderne du terme. En d’autres termes, en partageant des droits et des responsabilités en vertu d’une loi qui traite tous les individus sur un pied d’égalité, la citoyenneté s’impose alors par rapport au chauvinisme ethnique et religieux. Quand les mêmes privilèges, ressources, et opportunités seront disponibles pour tous, les idéologies nationalistes et les dogmes d’exclusion disparaîtront d’eux-mêmes. »

Et conclut d’une manière qui prend à revers les tenants des politiques à courte vue : « Cette alternative humaniste dont Saïd - comme beaucoup d’autres intellectuels des deux côtés - a montré la voie, représente une alternative à une séparation coloniale indigne et/ou à une guerre permanente. »

D’ici là que faire ?

Il n’entre évidemment ni dans nos attributions ni dans nos intentions de dicter à des populations telle ou telle ligne à suivre. Mais nous ne saurions rester neutres. Nous ne pouvons voir deux parties égales là où existent un occupant et un occupé. Nous reconnaissons le droit à la résistance du peuple opprimé. Nous la soutenons :

  • En exigeant de notre gouvernement qu’il satisfasse ses revendications légitimes.
  • En répondant favorablement à l’appel de la campagne BDS : Boycott, Désinvestissement, Sanctions, tant que dure un apartheid de fait, anachronique et antidémocratique.

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  • (1): Ibrahim Halawi, « Edward Saïd et la solution à un seul État », http://www.info-palestine.net/spip.php?article14994 , consulté le 20-10-2014. (retour)

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