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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Féminisme

Un vent de liberté s’est levé en Irlande

C’est peu dire que la liesse des Irlandaises – et des Irlandais – au lendemain du référendum du 25 mai était communicative et qu’elle a créé une onde de joie à travers toute l’Europe. Il faut dire qu’à plus de 66 %, après une campagne exemplaire, la victoire du Yes, pour l’abrogation de l’interdiction constitutionnelle de l’avortement, a été sans appel.

Elle avait un agréable goût de revanche, car il faut se rappeler que l’inscription de cet « amendement 8 » dans la Constitution est relativement récente ; elle ne date que de 1983 et avait fait suite à un autre référendum gagné, lui, à 67 % par les anti-choix. Jusqu’en 2013, l’IVG était totalement illégale et passible de 14 ans de prison. Pour que la législation évolue un peu, il aura fallu attendre le scandale soulevé par la mort d’une jeune femme s’étant vu refuser une IVG lors une fausse couche. L’acte fut alors autorisé, mais limité aux cas où la vie de la mère est en danger. Chaque année, des milliers d’Irlandaises se rendaient donc dans un pays voisin autorisant l’IVG pour pouvoir avorter.

En juillet 2016 encore, le parlement irlandais avait rejeté un projet de loi pour légaliser l’avortement en cas de malformation grave du fœtus se conformant ainsi à la ligne du premier ministre Enda Kenny résolument opposé à une réforme. Suite à l’ampleur prise par le mouvement pro-choix dans le pays, le Premier ministre actuel, Leo Varadkar, avait annoncé en janvier 2018 l’organisation de ce dernier référendum. Ce « oui » ouvre la voie à une loi, dont le projet a été publié avant le référendum qui devrait autoriser l’avortement sans condition pendant les 12 premières semaines de grossesse et jusqu’à 24 semaines dans le cas où la santé de la mère ou du fœtus est en danger.

Maintenant l’Irlande du Nord ?

Le oui massif des Irlandais met en lumière le retard de l’Irlande du Nord. Contrairement au reste du Royaume-Uni, où il est autorisé depuis une loi votée en 1967, l’avortement est illégal dans la province britannique d’Irlande du Nord, sauf si la grossesse menace la vie de la mère. Les contrevenantes risquent une peine d’emprisonnement à vie. Cette situation a conduit le gouvernement britannique à promulguer, en octobre 2017, une loi permettant aux Nord-Irlandaises de pratiquer gratuitement l’IVG en Angleterre.

Depuis le 25 mai, les appels se sont multipliés à l’adresse de Theresa May pour qu’elle prenne l’initiative de modifier la loi spécifique très restrictive en vigueur à Belfast. Quelque 160 députés ont signé une lettre de la députée travailliste Stella Creasy, appelant le gouvernement à légiférer pour le « droit au choix » en Irlande du Nord. Mais Theresa May ne veut pas que le Parlement de Londres débatte de la question. Il faut dire qu’un tel débat la mettrait en porte-à-faux avec le Parti démocratique unioniste nord-irlandais (DUP), très hostile à l’IVG, mais dont les dix députés lui permettent d’atteindre la majorité, qu’elle avait perdue lors des législatives de 2017.

A l’heure où nous écrivons, nous attendons la décision de la Cour suprême britannique qui doit se prononcer le 7 juin sur la légalité de l’interdiction de l’avortement en Irlande du Nord. C’est la Commission des droits de l’homme d’Irlande du Nord (NIHRC) qui avait saisi la justice en 2014, questionnant la légalité de l’interdiction de l’IVG dans les cas de viol, d’inceste ou de malformation « sérieuse » du fœtus.

Après la victoire du Yes, Arlene Foster, la chef du DUP, s’est empressé de déclarer que le résultat du référendum en République d’Irlande n’aura « pas d’impact » en Irlande du Nord en estimant que c’est à l’Assemblée de Belfast d’en débattre et en rappelant le credo anti-avortement de son parti !

Et la Pologne ?

S’il y a bien un autre pays où la victoire des Irlandaises a dû transmettre de l’espoir, c’est la Pologne où les femmes ne cessent de devoir se battre pour défendre chèrement un droit pourtant terriblement restrictif. En effet, dans ce pays où l’avortement a été autorisé de 1956 à 1993, il est interdit depuis cette date, sauf en cas de viol, de menace sur la santé de la mère ou en cas de pathologie grave ou malformation du fœtus. En novembre 2017, les associations catholiques sont revenues à la charge, et ont déposé au Parlement un texte visant à supprimer cette dernière exception. Déjà, en octobre 2016, il avait fallu d’importantes manifestations pro-choix, pour qu’une telle restriction soit rejetée par la chambre basse du Parlement polonais. À nouveau, le 23 mars 2018 plus de 50 000 personnes ont alors manifesté à Varsovie et plusieurs milliers dans d’autres villes de province, lors d’un « vendredi noir » qui a été particulièrement suivi. S’il semble que ce durcissement de la loi soit très peu soutenu, cela suffira-t-il à ce que le gouvernement ultra-conservateur ne cède pas devant la pression maintenue de l’Église ? Et combien faudra-t-il encore de combats pour que cessent les avortements clandestins dont les associations féministes et le Planning familial estiment le nombre entre 150 000 et 200 000 par an, avec ce qu’ils représentent de coûts et de risques pour les femmes ?

Que la joie des irlandaises soit contagieuse ! Qu’elle donne à toutes les femmes d’Europe la force de continuer à se battre pour leurs droits !

Cet article de notre camarade Claude Touchefeu est paru dans le numéro de juin-juillet-août 2018 de la revue de la GDS : Démocratie&Socialisme

 

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