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Philippe comme Juppé : droit dans ses bottes ?

Le discours d’Edouard Philippe devait dévoiler « l’architecture » de la réforme des retraites. En réalité ce discours à repris la quasi-totalité du rapport Delevoye et s’est contenté d’apporter quelques précisions. Comme Juppé en 1995, il veut apparaître ferme et résolu. Les grèves et les manifestations doivent s'amplifier pour le faire reculer...comme Juppé en 1995 ! Retrait ! Ci-dessous un petit résumé des annonces faites par le premier ministre.

Les dates de mise en place du système à points ont été clarifiées

La réforme s’appliquerait aux personnes nées en 1975 et après.

Les personnes nées avant 1975 ne seraient pas concernées, le montant de leur retraite resterait calculé à partir du nombre de trimestres acquis. Ce n’est plus la « clause du grand père » mais celle du « grand frère » qui serait appliquée. Le grand frère serait épargné mais pas le petit frère.

Les personnes nées entre 1975 et 2004, fonctionnaires, salariés des régimes spéciaux, salariés des régimes de base du secteur privé se verraient appliqué deux systèmes de retraites. Jusqu’en 2025 leurs droits à la retraite resteraient calculés en trimestres et, à partir de 2025, leurs droits seraient calculés en points.

Les personnes nées en 2004 et après verraient l’intégralité de leurs droits calculée en points dès 2022 (l’âge de leur 18 ans).

Pour les salariés des régimes spéciaux (SNCF, RATP, Industries électriques et gazières…), seuls les salariés nés à partir de 1980 (pour ceux qui liquident leurs droits à 57 ans) et 1985 (pour ceux qui partent à 52 ans) seront concernés. C’est la clause du « tout petit-frère » !

Les dates de présentation de la réforme au Parlement ont été précisées et avancées

La réforme devrait être présentée au Conseil des Ministres le 22 janvier 2020 puis au Parlement fin février 2020.

Quelques modifications sur le fond ont été apportées

 L’âge pivot en-dessous duquel le montant de la retraite subirait des pénalités de 5 % par an resterait fixé à 64 ans mais ne serait appliqué qu’en 2027 au lieu de 20025. L’âge de départ en retraite ne serait plus, de fait, 62 ans mais 64 ans.

Le niveau de retraites de enseignants serait « sanctuarisé » mais la définition de ce terme (« comparable au niveau des retraites des fonctions ou des métiers équivalents dans la Fonction publique ») est imprécis et les moyens d’y parvenir ne sont pas définis.

Le montant des retraites serait augmenté de 2 % pour les familles de  trois enfants et plus. Elles ne représentent, selon l’Institut national de la démographie que 16,4 % des familles en France, alors que les femmes ayant eu un, deux ou trois enfants seront lourdement pénalisées par le système à points.

L’entourloupe d’Edouard Philippe concernant l’indexation des points acquis

Edouard Philippe a tout fait, par le flou de son discours sur cette question, pour laisser croire qu’une « règle d’or » garantirait que la valeur de service du point, à partir de laquelle serait calculé le montant de la retraites, ne baisserait pas.

La « règle d’or » ne concernerait, en fait que l’indexation sur l’évolution des salaires des points acquis par le futur retraité. Ainsi, un salarié qui aurait accumulé 1000 points au cours de l’année 2025 verrait la valeur de ce point indexée sur l’augmentation des salaires. Cela signifie que s’il prenait sa retraite cinq ans plus tard, en 2030, le nombre de points acquis au cours de l’année 2025 pourrait (par exemple) être revalorisé à 1100 points.  Mais cela ne absolument rien de la valeur du point de service en 2030 : cette valeur restera fixée, comme le précisait le rapport Delevoye, en fonction de l’augmentation de l’espérance de vie, de l’état de l’économie et de l’équilibre du système.

Edouard Philippe n’a apporté aucune garantie concernant la valeur de service du point, déterminante pour calculer le montant de la retraite. Pire, si la revalorisation du nombre de points acquis en fonction de l’augmentation des salaires, déséquilibrait l’équilibre financier du système à points, il faudrait baisser d’autant la valeur de service du point pour assurer l’équilibre du système. Ce qui aurait été donné d’une main serait repris de l’autre. Tout cela n’est que poudre aux yeux.

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