GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Écologie

Le 18 mai, on a marché contre les pesticides !

Le 18 mai a été l’occasion de nous réunir autour d’un combat qui nous concerne toutes et tous, tant il est crucial pour le développement humain : ce que l’on décide, collectivement, de manger. Une question pour le moins décisive dans un monde où l’alimentation est toujours davantage transformée en poison. Nous sommes des millions à avoir conscience que l’agriculture productiviste nous mène dans le mur. Il est grand temps que cette conscience se mue en cri de protestation.

Ce 18 mai s’est tenue la septième marche contre Monsanto. Une marche aux quatre coins de la planète, regroupant des milliers de citoyens et de nombreuses d’ONG qui dénoncent d’un même cri un système mortifère pour toutes les espèces vivantes, les poissons, les oiseaux et les humains. Une marche contre les multinationales (la bien connue Bayer/Monsanto, mais aussi Syngenta, Dow Chemical et d’autres encore) et leur agro-industrie qui détruit le vivant en le privatisant. Une marche, enfin, qui symbolise un rassemblement non-violent de citoyens autour d’un objectif commun et qui entend peser dans le rapport de force.

Le poison dans l’alimentation

Tous les jours en France, plus de deux kilos de pesticides par seconde1 sont déversés sur nos terres et dans nos eaux avec des conséquences désastreuses sur les êtres humains et l’environnement. Un désastre, et le mot est encore trop faible : on ne compte plus le nombre de victimes qu’a engendrées ce système agricole de production. Aux Antilles françaises, le chlordécone, ce pesticide hautement toxique utilisé dans les bananeraies, a contaminé pour des siècles à venir les cours d’eau et les sols. Et il s’est retrouvé dans les assiettes des Antillais ! Patate douce, viande bovine, crabes de terre, poissons... Aujourd’hui, en Martinique, plus de 92 % de la population est contaminée et le nombre de cancers de la prostate a augmenté de 598 % entre la période 1986-1990 et la période 2010-2015. Pourtant, dès 1979, ce pesticide était classé comme neurotoxique, reprotoxique et perturbateur endocrinien (qui perturbe le système hormonal) par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Il n’a été interdit en France qu’en 1993, soit quatorze ans plus tard !

Mais le chlordécone n’est pas le seul responsable. Aujourd’hui, les conséquences environnementales et sanitaires de l’utilisation du glyphosate et des OGM sont encore controversées. Pourtant, le glyphosate, ingrédient principal du fameux RoundUp, a été dénoncé par de nombreuses études et enquêtes2 et classé par le Centre international de recherche sur le cancer « cancérigène probable ». Le principe de précaution3 voudrait qu’il soit interdit à la vente en Europe. Loupé : fin 2017, les États-membres de l’UE ont voté en faveur d’une nouvelle autorisation de mise sur le marché pour cinq ans. Mais cette décision est tout à fait en phase avec le mode de production industriel de notre agriculture. Pour produire en grande quantité et faire du profit, mieux vaut produire en monoculture et faire des économies d’échelle. Dès lors, déverser des tonnes de glyphosate n’est plus qu’une ligne de coûts dans un tableau Excel qui fait surtout ressortir les bénéfices. Les vrais coûts ? Ce sera à l’environnement et aux populations de les supporter.

La rébellion des victimes

Face à ce système capitaliste incroyablement résilient et soudé, les victimes s’organisent, se rassemblent et leur voix commence à porter, notamment par les recours en justice. Tran To Nga, ancienne journaliste au Vietnam, a attaqué en justice les multinationales (Monsanto, Dow Chemical, Uniroyal, Occidental Chemical…) qui ont fourni l’agent orange à l’armée des États-Unis : ses trois enfants sont nés avec des malformations. Du manque de concentration jusqu’à la maladie de Parkison, le panel des effets est large et ravageur. À tel point que les vétérans de l’armée américaine exposés à l’agent orange au Vietnam peuvent désormais demander des compensations financières !

Les victimes – non seulement humaines, mais de toutes les espèces vivantes – sont donc nombreuses et les effets des milliers de pesticides qui ont été utilisés et qui sont utilisés jusqu’à aujourd’hui ne sont pas encore clairs. Sans parler, bien sûr, du fameux effet cocktail, lorsque plusieurs substances sont présentes dans le corps – combinaison dont on ne sait absolument pas prédire les effets sur la santé. C’est pourquoi il est nécessaire de s’allier et de montrer notre force face aux représentants de ce système – gouvernements, organisations supranationales, multinationales, syndicats professionnels – afin de peser dans le débat public et de les faire plier. Mais en s’opposant à Monsanto, la marche ne fait pas que dénoncer l’utilisation des pesticides. Face à ce modèle intensif, d’autres modèles d’agriculture, plus locaux et respectueux des sols et des espèces vivantes, existent.

Les alternatives sont là, construisons ensemble un monde plus juste et plus sain !

Nous tenons à remercier Anaïs Degache-Masperi, une des animatrices de la marche contre Monsanto, qui a écrit cet article pour le numéro 265 de Démocratie&Socialisme, la revue de la Gauche démocratique et sociale (GDS).

1.https://www.planetoscope.com/sols/47-consommation-de-pesticides-phytosanitaires-en-france.html.

2.https://www.ouest-france.fr/economie/agriculture/glyphosate-onze-questions-pour-tout-savoir-sur-le-roi-des-pesticides-5326476

3.Le sommet de Rio de 1992 le définit comme le principe selon lequel « en cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement».

 

Inscrivez-vous à l'infolettre de GDS

La revue papier

Les Vidéos

En voir plus…