GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Le social au cœur

François Fillon impose une école à deux vitesses

Les grands axes du projet de loi d'orientation sont connus

L'emballage est celui du pragmatisme, une « adaptation de la loi Jospin » plutôt qu'une « révolution » : 100% de jeunes qualifiés, 80% d'une génération au niveau bac et 50% de diplômés du supérieur soit 15% de plus que le taux actuel. Les objectifs sont séduisants, la mise en musique beaucoup moins.

Parmi les quatorze mesures avancées, les plus saillantes sont : la transformation du brevet des collèges qui redeviendra un examen complet et prendra en compte la discipline et l'assiduité. Il ne sera pas un examen d'entrée en seconde mais sera passé avant les conseils de classe ! Quant au baccalauréat qui comportera moitié d'épreuves passées en contrôle continu, rien ne garantit qu'il reste un diplôme national. Dans l'enseignement professionnel, le bac pro sera préparé en trois ans au lieu de quatre actuellement. Le redoublement est rétabli pour channe année. Le « socle commun de connaissances » que chacun devra maîtriser sous peine de redoublement dés le début du primaire est défini. Les élèves en difficulté bénéficieront, au collège de 3h de soutien hebdomadaire. L'apprentissage des langues est renforcé, obligatoire dés le CE1et puis La création d'un « Haut Conseil de l'école » et du coté des enseignants, l'inscription dans la loi de leur « liberté pédagogique » et l'astreinte à remplacer « au pied levé » leurs collègues absents. Le recrutement de 150 000 enseignants sur cinq ans est programmé.

Coup de force conservateur sur l'école

Cette « réforme » s'inscrit dans la succession de décisions prises depuis plusieurs mois qui vont de la réforme de la classe de troisième à la suppression des travaux personnels encadrés (TPE). Elle s'attache à lever un certain nombre de verrous, certains pratiques, d'autres symboliques. L'argument d'autorité l'emporte sur le souci pédagogique. La sélection individuelle se durcit au détriment de la démocratisation. Le redoublement est préconisé pour les élèves faibles, conseillé dés le début du primaire au mépris d'études convergentes qui établissent qu'il est nocif. Les punitions collectives sont restaurées. La note de conduite est rétablit. Elle sera prise en compte dans le brevet des collèges. Autant de signaux adressés à une opinion réputée être « en demande »d'ordre.

La suppression des TPE est un signal clair et négatif envoyé aux enseignants qui essaient de faire évoluer l'école. Elle traduit la volonté de flatter un soit disant conservatisme scolaire rétif au travail collectif et une obsession à droite : quelques centaines de postes de gagner. La programmation des recrutements compensera à peine les départs à la retraite. Les restrictions budgétaires et la dégradation des conditions de travail vont de pair et ne cessent de s'amplifier.

Le socle commun de connaissances : réservé aux élèves en difficultés

C'est « l'innovation principale »: un « sous Smic culturel » pour les pauvres et l'Instauration de matières supplémentaires pour les « meilleurs ». Les causes de l'échec scolaire ne sont pas traités. Au contraire, les obstacles s'accumulent et la ségrégation par l'enfermement dans l'échec et l'orientation précoce se renforce. L'orientation vers l'apprentissage va se concentrer sur les élèves les plus en difficulté. C'est une filière, une mise en pré- orientation dés l'âge de 13 ans. On ressort l'équation échec scolaire/ filières débouchant sur le professionnel. La mixité sociale va se retrouver un peu plus mise à mal et le consumérisme scolaire renforcé. C'est l'école libérale de « la diversité des talents » qui vise à graver dans le marbre la correspondance entre les inégalités sociales et les inégalités scolaires. Les références républicaines à la méritocratie ne sont que le vernis d'un profond conservatisme qui se cache derrière un pragmatisme d'apparence.

Vers une réaction unitaire ?

L'ensemble des organisations syndicales( FSU, SGEN-CFDT, UNSA, FIDL...), la FCPE, les partis de gauche, les mouvements d'éducation populaires, les mouvements pédagogiques ont tous réagit vivement à ces propositions préparées sans concertation. Le SNES/FSU appelle à la grève le 7 décembre « pour signifier explicitement au gouvernement qu'il doit revoir sa politique » contre la dégradation des conditions de travail, la baisse des effectifs en personnels qualifiés, les annonces de Fillon. Le gouvernement veut aller vite. Il espère inscrire son projet de loi dés le dernier conseil des ministres de décembre pour permettre le vote au parlement fin février ou début mars, avant de s'atteler à une autre loi programme, celle de la recherche. La mobilisation est donc urgente. Pour être efficace, elle doit être unitaire. La tonalité de l'ensemble des réactions le permet.

Philippe Verdier

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