GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Notes de lecture

Ces fauves qui se repaissent du secteur public

En 2008, la société Suez absorbe par fusion la société Gaz de France. Aujourdʼhui, cette société sʼappelle Engie. Un chiffre dʼaffaires de 70 milliards dʼeuros fin 2016 et 220 000 salariés, dont la moitié hors de France. Cette privatisation du service public du gaz français va se traduire en dix ans par une augmentation de 80 à 110 % du prix du gaz, selon les différentes estimations.

Pour augmenter le prix du gaz, le gouvernement français prendra même la décision dʼindexer son prix sur celui du pétrole, alors que les gisements de gaz sont plus nombreux et quʼaucune pénurie ne se profile à lʼhorizon !

Des hamburgers et du gaz

Suez est alors détenue par deux milliardaires, le canadien Paul Desmarais et le belge Albert Frère. Pour grimper au capital de Suez, ce dernier a bénéficié de lʼaide du gouvernement français, via la Caisse des dépôts et consignation... qui a accepté dʼacheter très cher (760 millions dʼeuros) la société Quick qui vend des hamburgers – pas très bons de surcroît ! La Caisse des dépôts, cette banque publique qui, entre autres, gère lʼargent des personnes placées sous tutelle, lʼargent des pauvres, des démunis... Elle a comme devise : « Servir lʼintérêt général, investir sur le long terme ». Avec Quick, elle se laissera aller, pour satisfaire aux dogmes du néolibéralisme, aux joies des LBO (« achat avant effet de levier ») et autres EBITDA (« résultats d'exploitation avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement). Les salariés de Quick ne verront même pas un centime de prime pour rétribuer les efforts quʼon leur demandera alors de fournir pour « redresser lʼentreprise ».

Le rapport entre les activités de la Caisse des dépôts et consignation et les hamburgers ? Aucun ! Sommé de se justifier sur cet achat, un responsable de la Caisse finira par ânonner quʼil sʼagissait de protéger les emplois des étudiants ! Mais Albert Frère, qui a pour conseiller Alain Minc, a besoin dʼargent pour investir dans lʼénergie et faire ce « gros coup » avec son ami Paul Desmarais. Le Canadien Paul Desmarais a déjà fait affaires dans lʼénergie, dans le pétrole plus précisément, où lʼon retrouve sa société impliquée dans le scandale de Pétrobras au Brésil, qui vaut à Lula dʼêtre aujourdʼhui en prison.

Les riches amis du président des riches

Cʼest que, pour devenir encore plus riche lorsquʼon est déjà très riche, il faut investir dans lʼénergie, les télécoms, les minerais... et avoir des amis dans les gouvernements. De vrais amis, ceux qui comprennent la nécessité dʼalléger l’État, de privatiser, de déréguler pour permettre au capital de circuler plus vite, plus librement. Et de légiférer utilement pour garantir le prix du gaz par exemple.

Dans le livre de Catherine Le Gall et de Denis Robert (*), on voit passertous les hommes politiques qui, de la fin de la « chiraquie » à l’élection de Sarkozy, agiront pour aider P. Desmarais et A. Frère à faire main basse sur le gaz français. Dominique de Villepin, Jean-François Coppé, Gérard Longuet et, bien entendu, Nicolas Sarkozy qui aura même la délicatesse de les inviter au Fouquetʼs le soir de sa victoire de 2007. Et force est de constater que, sous la présidence de François Hollande, rien ne sera entrepris pour remettre en cause les privatisations des grandes entreprises du secteur public.

L’État et ses institutions sont donc au service de ces milliardaires pour quʼils sʼenrichissent encore plus. Les contreparties permettent à des hommes politiques de financer leurs campagnes électorales et les à-côtés de leurs vies. De là à mettre un banquier dʼaffaires à la tête de l’État...

(*) Catherine Le Gall et Denis Robert, Les prédateurs, Éditions du Cherche Midi, 297 pages, 21 euros.

Cet article de notre camarade Anne de Haro est à retrouver dans le numéro de février de la revue Démocratie&Socialisme, la revue de la Gauche démocratique et sociale (GDS).

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