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Vive la luttes des classes ! (tribune de Picardie debout ! )

Dans le cadre des échanges que nous menons avec Picardie debout !, la formation politique lancée par notre ami François Ruffin dispose d’une carte blanche mensuelle dans nos colonnes. Ce mois-ci, Guillaume Ancelet commence à traiter la question décisive de l’éducation.

Face à l’ampleur de la question, il m’a été impossible de traiter l’ensemble des sujets qui mettent en tension l’école et ses personnels. Cet article sera complété le mois prochain par deux autres problématiques : la concurrence école publique - école privée et la rénovation du bâti scolaire.

Assignation sociale

À la rentrée 2024, le gouvernement projette une nouvelle réforme scolaire nommée le « Choc des savoirs ». Elle vise à créer, au collège, des groupes de niveaux dans les cours de mathématiques et français en Sixième et en Cinquième, dans un premier temps, puis en Quatrième et en Troisième dès la rentrée 2025. Elle vise également à l’utilisation obligatoire de manuels scolaires ayant obtenu une labélisation gouvernementale dans le premier degré. Cela s’accompagne du retour de l’uniforme, de la généralisation du Service national universel (SNU) et des internats de redressement. Trier les élèves, faire marcher l’école au pas : le projet politique est clair.

Cette réforme est rejetée massivement par les personnels qui exhortent le Premier ministre à faire machine arrière. Il est prouvé qu’on apprend mieux dans l’hétérogénéité au sein de la classe et de l’établissement scolaire, quand se mélangent les élèves issus de familles aisées et de familles avec moins de facilités sociales, culturelles, économiques. Actuellement, l’école reproduit déjà fortement les inégalités sociales, mais ce phénomène sera amplifié par le « Choc des savoirs », qui assume le tri social des bons avec les bons et des mauvais avec les mauvais. Cinquante années de recherches pédagogiques mises à la poubelle au nom du très macroniste « C’était mieux avant ». Même le modèle de la cordée si cher à Emmanuel Macron, où l’individu en tête entraîne les suivants vole en éclat. L’école du tri social assigne aux enfants, en fonction de leurs origines géographique, économique, culturelle ou encore sociale, une place prédestinée dans la société. Finie l’émancipation par l’école ! Notre camp politique doit reprendre cette voie. Écouter les experts d’usages, celles et ceux qui font l’école, qui vont à l’école, et réaffirmer l’émancipation comme boussole politique.

Le syndrome de l’hôpital

Depuis la rentrée de septembre, l’Éducation nationale a vu défiler trois ministres successifs qui portent la responsabilité des mauvais résultats des élèves aux tests internationaux, en raison de leurs attaques incessantes, à commencer par l’enchaînement ces dernières années de réformes libérales : Parcoursup, réforme du bac et du lycée, de la voie professionnelle et mise en œuvre du « Pacte » invitant les enseignants à travailler plus pour gagner plus. L’école peine à recruter, le métier d’enseignant n’attire plus : 3 000 postes n’ont pas été pourvus aux derniers concours de recrutement. Pourtant, il n’a pas été prévu de revalorisation générale des salaires, mais des mesures individuelles pour contraindre les profs à accepter encore davantage de missions en contrepartie d’une fort modeste augmentation.

Les personnels sont épuisés, essorés. Ils constatent une perte de sens de leur métier ; ce ne sont plus des artisans pédagogiques, mais des exécutants de réformes autoritaires. L’école est un hôpital comme les autres. Les personnels vivent ce que les soignants ont vécu il y a une quinzaine d’années à l’hôpital avec le passage à la tarification à l’acte. On mesure aujourd’hui l’état de délabrement du service public hospitalier. C’est alarmant pour l’école qui suit le même chemin. Gabriel Attal a dit « faire de l’école une priorité absolue », mais, dès qu’il a fallu trouver 10 milliards d’euros d’économies, l’Éducation nationale a dû en supporter 700 millions… Drôle de priorité !

La France est championne d’Europe du plus grand nombre d’élèves par classe à l’école primaire et au collège. C’est une des clés des problèmes. On apprend mieux lorsque l’on est moins nombreux. Les enseignants ont davantage le temps de personnaliser les apprentissages, surtout dans un moment où l’école s’est ouverte à l’inclusion des élèves en situation de handicap. Au lieu de cela, dès qu’une légère baisse d’effectifs se profile, le ministère, via les rectorats, en profite pour fermer des classes. Ainsi chaque année, des milliers de classes ferment, des postes d’enseignants sont supprimés et les effectifs par classe continuent d’augmenter.

Un plan d’urgence, vite !

Les personnels se mobilisent régulièrement par la grève, les manifestations, les rassemblements. Le mécontentement commence à gagner les parents d’élèves qui, localement, s’organisent pour résister à ces fermetures. La convergence, la coordination des luttes entre parents et personnels est la voie de la victoire. L’école a besoin d’un immense plan d’urgence avec des moyens financiers à la hauteur des enjeux en l’imposant politiquement par la bataille de l’opinion. Nous ne voulons plus de cette école qui trie les élèves, les assigne à leur condition sociale, géographique, culturelle, économique et les entasse dans les salles de classe. Nous n’avons pas peur de la jeunesse, nous avons peur pour elle !

Cet article de notre ami Guillaume Ancelet (président de Picardie Debout !) est à retrouver dans le n°315 (mai 24) de Démocratie&Socialisme, la revue de la Gauche démocratique et sociale (GDS).

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